Lundi 20 avril 2009
Qu'il est cruel, le mot oublier. J'ai usé de lui des centaines de fois sans m'en apercevoir, pourtant. C'était si facile, un vrai jeu d'enfant, de ceux qui ne semblent pas faire de mal. J'oubliais petit à petit le détail de mes journées, privilégiais l'utile vis à vis du superflu, l'idée de me souvenir de tout ne me serait jamais venue à l'esprit - je n'avais rien à perdre qui me soit cher. Il est bien aisé de dire adieu à ce qui nous importe peu, ce n'est un secret pour personne. J'oubliais, parce qu'il faut savoir faire des concessions, parce que le passé reste le passé et que nous sommes des êtres du présent et, quelques fois, rarement finalement, de l'avenir. Aujourd'hui, je le regarde, ce mot, posé sur le bout de papier, tracé avec application, douces courbes d'encre sur les carreaux scolaires, et c'est une autre de ses dimensions qui m'apparaît. Oublier, ce n'est pas anodin mais profondément cruel - cruel, j'insiste sur ce mot car il est aussi tranchant, meurtrier, féroce, pénible, intolérable, que sais-je encore, s'il ne fallait qu'un mot ce serait celui-là, oui : cruel.

Oublier. Trois syllabes, le hurlement d'un loup à la lune, le déroulement de la langue contre le palais, et ce lier mensonger. Oublier, c'est accepter de lâcher du lest pour aller de l'avant, comme si la vie était une montgolfière qui avait sans cesse besoin de s'élever. Oublier, c'est renoncer à ce que l'on aurait pu vouloir garder. C'est une perte constante, un long égarement des sensations, des instants, des autres et de soi. Oublier, c'est rester seul, et finir par ne plus se reconnaître. Ce mot ne ressemble-t-il pas à oubliettes ? Ne sombrons-nous pas dans l'oubli ? C'est une chute vertigineuse, intemporelle. Et je tombe..


A dire vrai, j'ai l'impression perpétuelle de m'effondrer, de faire le pas de trop au bord du précipice, comme au réveil d'un de ces cauchemars véloces, lorsque l'estomac semble remonter le long de l'œsophage et que la sueur vient recouvrir la peau, mais il me manque la sensation suivante, celle de se souvenir avec soulagement des draps, du lit, de la sécurité vive et pure qu'ils peuvent apporter - preuves tangibles que tout va bien, que tout est à sa place. Je ne me réveille pas.

Je ne me réveille plus.

Je tombe, je tombe et tombe encore, sans jamais retrouver le sol sous mes pieds. Et je me souviens, je préfère me souvenir plutôt qu'oublier, ça me demande moins d'efforts, moins de résignation. Se souvenir, c'est plus doux, plus fort, plus âpre aussi parfois, mais plus vrai. Me souvenir me permet de savoir que tout était réel. Que cela fut, tout simplement. Et quand cette évidence revient me sauter aux yeux, que puis-je faire sinon m'y accrocher ?

Je sens encore ton corps contre le mien, c'est presque comme si tu t'y étais imprimée, tatouage géant, comme ceux de ces femmes arabes dessinés au hénné, arabesques délirantes qui s'étendent sur ma peau toute entière. Tu aurais pu faire de moi ton œuvre d'art si les autres savaient voir ton empreinte, mais je suis le seul à pouvoir la contempler dans le miroir. Sur mon torse, la marque de tes mains décore mon poitrail, et les trajets de tes doigts ont tracé de longues spirales brûlantes. Je souffre encore des griffures que tu as laissées sur mon dos, stigmates de nos péchés de chair - les plus beaux de mon existence, les plus exigeants et les plus ensorcelants. J'ai l'écho de ta voix dans les oreilles - sorte de ritournelle qui s'en va, qui revient vite - une chanson entendue nulle part ailleurs, que j'essaie de fredonner - sans succès. Je n'y comprends rien, tu n'es plus là mais en moi tu es partout.

Oublier. Comment le pourrais-je ? Ce mot me nargue. Les lettres qui le forment me rient au nez - je leur apparais si faible, si peu viril. Un homme n'a-t-il pas le droit de pleurer, de se morfondre, d'être sentimental ? Et tous me le répètent dès que l'occasion leur en est donnée, il faut que j'oublie tout ça, que je t'oublie toi, que je laisse les jours passer et t'effacer, doucement, en accordant au temps le temps de te faire lentement disparaître de ma chair, de mon âme. Lorsque je m'y oppose, je sens bien qu'ils me reprochent ma grandiloquence, mes belles paroles venues de ce qui leur semble être un autre temps, voire même un autre monde. Mais moi, je ne veux pas de leur amour superficiel, qui ne fait qu'effleurer l'absolu de ce que peut être ce sentiment.

Aujourd'hui, après six mois de ton absence, je trouve ce mot et je reconnais ton écriture. Il te faudra m'oublier me dis-tu, ce qui ressemble à une sentence - voulais-tu que le temps soit mon bourreau ? Il est cruel, le mot oublier - et je le refuse. Je ne veux pas oublier, mais vivre avec. Je veux accepter le fait que tu me manques, que le feu du désir insensé que j'ai de toi ne s'est pas éteint - et je ne veux pas qu'il le fasse -, que je voudrais tant que tu sois là, t'entendre te toucher te voir te sentir te goûter, t'étreindre, te contempler au dessus ou en dessous de moi, avoir la tête brumeuse de toi mon héroïne, savourer tes baisers, vivre dans tes yeux et ta main dans la mienne, mourir encore une fois en toi, accepter le fait que j'en crève d'envie - et que tu n'es pas là.

Que tu ne l'es plus.

Si j'aime, j'aime à jamais. Et c'est ainsi que je t'ai aimée, que je t'aime encore et que je t'aimerai toujours. Je voudrais qu'ils comprennent que lorsque je te prenais dans mes bras, je l'avais choisi pour ma vie entière, jusqu'à mon dernier souffle. Je me suis enchainé à toi, j'ai les pieds et les poings liés à ton souvenir et surtout, surtout, je veux que jamais personne ne parvienne à me délivrer. C'est la seule chose dont j'ai peur, que je redoute même atrocement. Je t'ai choisie mon amour, je t'ai choisie pour tous les jours, hier aujourd'hui et demain. Crois-moi, me souvenir m'est moins douloureux qu'oublier, je n'ai pas mal quand je pense à toi car avec toi j'étais heureux. Et si je ne le suis plus aujourd'hui, ce n'est pas grave, ce qui compte c'est que je l'ai été. C'est cela que je ne veux pas perdre.

Cela fut.

Fin.


 

Par Nao - Publié dans : La cruauté.
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Dimanche 22 février 2009
[Ecrit pour Evi.]

Elle dit
je suis désolée c'est toi que j'ai choisi.
Et sa voix tremble un peu. Juste un peu.

Elle dit
cela aurait pu être quelqu'un d'autre, pas n'importe qui mais, c'est vrai, cela aurait pu ne pas être toi, après tout. Tu pourrais être ailleurs, juste là en ce moment précis, et moi aussi. Hasard ou fatalité, c'est toi, pourtant – seulement toi et aucun autre. Et oh, si, je suis désolée...

Elle dit
tu sais, j'ai la tête qui tourne alors pardonne-moi si mes mots ne sont pas bien droits, si toutes mes phrases vont de travers, j'ai juste besoin de te parler parce que ça fait trop longtemps que je ne le fais plus – c'est comme si je l'avais oublié, un peu comme on oublie de faire du vélo – ce que je veux dire c'est que même s'il y a des automatismes cachés dans un coin poussiéreux de nos têtes, ce n'est pas si facile... c'est juste, quand tu n'es pas monté sur deux roues depuis longtemps, au début tu vacilles un peu, non ? Le temps de retrouver tes marques. Et bien tu vois, c'est un peu ça, c'est ce moment-là, comme si je me souvenais à peine des mots, comme si je me souvenais du sens – il faut le temps de se remettre sur les rails.

Elle dit
il y a eu un temps où tout était facile, mais il me semble tellement loin que même son goût me demeure à présent inaccessible. Je ne sais plus comment faire pour me lever et vivre une petite vie normale. Regarde-moi et dis-toi que celle que tu vois n'a que vingt huit ans alors qu'elle en paraît quinze de plus, tu comprendras qu'il fallait bien que tout ce que j'ai vu se marque quelque part, dans les rides précoces d'une peau ternie trop tôt – il y a des choses, comme ça, il faut apprendre à survivre avec, tu ne peux pas leur tourner le dos. La mort des hommes en fait partie, leur mort leur mensonge et leur souffrance. Leur torture, aussi.

Elle dit
regarde, j'ai les mains sales, non, ce n'est pas vrai, c'est encore un mensonge, ce ne sont pas mes mains qui sont sales mais moi, sans distinction, tout en moi est sale tu vois, pourquoi juste les mains ? C'est stupide, on dit toujours ça, comme si tous nos vices trouvaient refuge dans le relief étrange de nos paumes, dans les courbes de notre ligne de vie accidentée – quelque part par là. Mais c'est faux, en réalité, nos immondices ne se cachent nulle part, c'est juste que personne ne sait les voir.

Elle dit
tu es mignon, je suis désolée. Quel âge tu as, la petite trentaine ? Quelque chose comme ça, sûrement – tu es plus vieux et pourtant, tellement plus jeune. Mais as-tu vu la guerre ? Je ne te parle même pas de celle des premières lignes, plutôt des dernières. As-tu jamais vu ces guerres dont personne jamais ne parle, où les adversaires restent irrémédiablement humains ? A l'un contre un. As-tu jamais vu, pris part à cette guerre nécessaire, sans laquelle la victoire serait impossible ?

Elle dit
oui, ce sont des meurtres. Ils me regardent quand je les tue et je vois dans leurs yeux tout ce que leurs lèvres taisent.

Elle dit
ce qu'ils semblent dire, à ce moment-là... je ne te le dirai pas.

Elle dit
et je me suis posé la question, j'ai cherché la réponse et c'est la seule qui me soit jamais venue à l'esprit – ironique, non ? Mais tu ne saurais pas me dire, toi non plus, comment doit-on faire pour retrouver notre innocence. Et ce n'est pas juste, mais il fallait quelqu'un – il fallait ce quelqu'un pour faire ce que je veux que tu fasses, aujourd'hui.

Elle dit
oui, c'est injuste, vraiment injuste. Mais nous vivons dans un monde cruel, tôt où tard il fallait bien que tu l'apprennes, toi qui sembles sorti d'une pub pour je ne sais quelle grande marque avec ton costume fraîchement repassé et ton sourire éclatant – enfin, ce n'est pas vraiment que tu sois en train de sourire. Je ne t'en blâme pas, je comprends très bien qu'avoir un révolver pointé entre les deux yeux ne soient pas particulièrement engageant. Et pourtant, tu ne pleures pas, tu ne gémis pas et cela aussi, cela me plaît énormément. Tout à l'heure, oui, au moment où je t'ai choisi, tu avais l'air heureux, insouciant – en un mot, ignorant. Tu étais là dans ce café désert devant ton verre en plein milieu du jour, je me suis dit que ce serait toi.

Elle dit
vraiment je suis désolée...

Elle dit
c'est cette innocence, vraiment, elle me hante, je n'ai pas de souvenir clair d'elle, j'ignore si je l'ai jamais embrassée mais c'est comme si... comme si quelque part je la connaissais, malgré tout, comme si je voulais la retrouver, encore une fois, une dernière fois, ne plus me sentir coupable. C'est cette culpabilité, aussi, c'est vrai, cette affreuse réalisation de ce que j'ai fait et qui ne peut être effacé. Jamais effacé.

Elle dit
non, tout cela ne partira jamais – il y a ces corps, ces larmes, ces feux jamais éteints, ces destructions, ces cris, ces suppliques « ne me tue pas, ne me tue pas » - comment cela pourrait-il partir ? - les yeux de cet enfant alors que j'interrogeais ses parents, les sanglots et la haine... Je n'en veux plus, je n'en veux plus voilà tout il est trop tard et ma vie s'est finie quand j'ai oublié d'être humaine - maintenant il ne reste plus qu'une seule chose à faire – une toute dernière chose.

Elle dit
ceci est un révolver Colt Anaconda, 44 magnum. Chargé. Il faut juste presser la détente. Ce n'est rien du tout, je le jure, il faut regarder ailleurs et appuyer, le coup partira tout seul.
Et elle pose l'objet étrange sur la table.

Elle dit
je suis tellement, tellement désolée...

Elle dit
mais si tu ne tires pas, c'est moi qui vais tirer.

Elle dit
vraiment, si tu ne tires pas, c'est moi qui vais tirer, je te jure que c'est moi qui vais tirer – non ne pleure pas, c'était mieux quand tu ne le faisais pas. Pense à autre chose, voilà, c'est ça, prend-le entre tes mains, comme ça, exactement, comme dans tous ces films que tu as sûrement dû regarder, si tu ne veux pas voir ne regarde pas, ça ne me gène pas. Et maintenant tire. Tire, sinon je vais le faire – et nous ne souhaitons pas, ni toi ni moi, que je le fasse, n'est-ce pas ?

Elle dit
TIRE, BORDEL, TIRE !
Et le coup part.

Fin.


Par Nao - Publié dans : La folie.
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Dimanche 22 février 2009

[Ecrit pour Claire]


C'est un monstre, dans mon ventre. Avide.

Il a pris possession de mes désirs et les a embrasés, décuplés, exaltés. Il se joue, sans pitié, de mes sens et a, sans crainte, renversé la gravité. Il a fait exploser le grand sablier en milliards de cristaux qui s'évanouissent dans le vaste monde. A présent le temps ne coule plus, il se déverse furieusement dans mes veines au gré des battements désordonnés de ton cœur. Je voudrais respirer mais l'air ne veut plus s'engouffrer dans la caverne de mes poumons. Il n'y a plus d'abri, plus de repaire où se cacher. Fébrile je cherche à comprendre mais le monstre dévore, ne laisse rien au hasard.

Je ne peux plus penser.


C'est une saveur inconnue. Aigre-douce. Tendre, comme les caresses de tes mains sur ma peau. Triste, comme les larmes que je retiens vaillamment. Violente, comme ton corps qui se meut avec fougue contre le mien. C'est une saveur inconnue, qui a quelque chose d'un voyage intemporel entre les anneaux de Saturne et les satellites de Jupiter, là-haut très loin dans le ciel. C'est comme si j'avais l'univers dans le creux de mes mains tremblantes, comme si toutes les destinations étaient à ma portée, comme si la voix lactée n'avait plus de secret. C'est un sentiment de puissance et de plénitude, de complétion. Mais tu sais, j'ai si peur des trous noirs.


Je veux savoir le goût de tes baisers, le connaître et, surtout, je veux le reconnaître. Que devienne mienne cette saveur inconnue, entièrement et parfaitement mienne. Alors pose encore une fois tes lèvres sur ma bouche et tes mains sur mon corps, contente le monstre qui est en moi. Laisse-moi me repaître de ce parfum âpre de cigarette, permets-moi de sentir encore ton odeur teintée d'alcool. Je ne veux pas oublier, t'oublier. Accorde-moi le droit de forger mes souvenirs, je suis si gourmande de toi. Je voudrais te goûter, te savourer, te déguster.

Mais surtout, te dévorer.


C'est une saveur amère. Acide, comme le lendemain qui arrivera si vite avec ses maux de tête et ses regrets. Aigre, comme les pensées que je voudrais retenir. Fielleuse, comme le poison qui coule à présent dans mon sang et me donne une fièvre endiablée de toi. Rapproche-toi, le monstre a froid. Il lui faut la chaleur, l'ivresse que lui procure ton torse contre ma poitrine, la ferveur de ta langue perdue dans une valse – les musiciens sont devenus fous. Le rythme n'existe plus dans cette chambre feutrée, plus rien n'existe à par nous. Et j'ai peur, c'est vrai, quelque part au fond de moi j'ai peur, mais pas de toi.


C'est ce monstre, tu comprends ? Je ne sais plus qui de lui ou moi te serre dans ses bras, se presse contre toi. Il a, j'ai tellement faim de toi. Je m'effraie, tu sais. Non, je me terrifie. Il me faut tout, je veux tout. Cette saveur farouche, implacable. Intemporelle, comme le goût de tes baisers qui ressemble au premier pas vers l'immortalité. Mortelle, puisqu'éphémère. Il me faut tout, car demain tout sera loin. Si loin. Demain cette saveur, que je voudrais pourtant retenir, s'effacera – puisque tu partiras. Alors je me jette contre toi comme on lance une pièce dans la fontaine de Trevi, l'espoir au bord de ces lèvres qui embrassent ta peau. Et si je prie, j'ignore si c'est pour me retrouver ou pour me perdre encore. Vois-tu ? Tu m’as empoisonnée, le monstre m'a achevée.


C'est un monstre, dans mon ventre. Avide.

Il ne se calmera pas tant que tout ne sera pas devenu cendre.

Ou vide.


Fin.

Par Nao - Publié dans : La détresse.
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Dimanche 18 janvier 2009

[Ecrit pour Kim - extrait d'une histoire décousue]

.

Ce que je voulais t'écrire, c'est une lettre qu'on déchire.
Le crissement amer du papier qui se fend, du papier qu'on déchiquète d'un coup de main habile. Les mots qu'on oublie, qu'on jette sans un regard, les paroles avortées, les essais infructueux, toutes ces phrases balayées en un haussement d'épaules, les figures de style alambiquées, les poèmes inachevés. Je voulais t'écrire une lettre qu'on déchire, parce que ce sont ces lettres-là qui regorgent de nos espoirs, de ces espérances si personnelles qu'on n'ose jamais les partager avec qui que ce soit. De ces attentes que personne n'a le courage de confier, de ces cris que personne ne parvient jamais à pousser. Je voulais t'écrire cela parce que ce sont des mots d'amour, des mots de haine, de mélancolie ou de lassitude, peu importe, mais ce sont des mots vivants, tu comprends ? Des mots qui vivent tous seuls, comme s'ils le faisaient de leur propre volonté, je sais c'est absurde mais les as-tu déjà bien regardés ? Ce sont des mots qu'on jurerait affranchis, autrefois esclaves de nos plumes, attendant patiemment le moment où enfin, enhardis, nous les délivrerions en les livrant au papier, en leur accordant le droit d'exister en dehors de nos pensées. Nos esprits ressemblent par bien des aspects à des prisons, tu ne crois pas ? C'est pourquoi je voulais t'écrire une lettre qu'on déchire, des mots qui dansent sur le papier et dont l'encre ondoie doucement au gré des lignes. Je voulais t'écrire un texte qui soit libre. Entièrement libre. Même si cela signifie qu'on le tuera bien vite, qu'on lacèrera sans attendre le papier frissonnant sur lequel je pose ces phrases brûlantes. Car elles sont chaudes, vraiment, elles ressemblent à des flammes qui me dévorent le bout des doigts, j'ignore si cette fièvre te parvient, peut-être n'est-ce que la mienne. Elles flamboient, parce que leur existence est éphémère, mais sublime. Elles sont uniques. C'est pour cela que je voulais t'écrire une lettre qu'on déchire. Ainsi j'aurai l'impression que tu me liras, puis les mots partiront mais  avec un peu de chance il te restera leur saveur, leur couleur, il te restera la force brute de ce qu'ils voulaient te dire, t'avouer. Oui, avec un peu de chance, peut-être tout cela te parviendra-t-il. Je voulais t'écrire ce qu'à l'ordinaire nous aimons raturer, censurer, mettre dans un coin, ce que nous nous promettons de faire plus tard mais que nous évitons de façon tout à fait délibérée, je voulais t'écrire ces demain mais en faire des tout de suite. Des maintenant, dès maintenant. Je ne veux plus attendre, tu comprends ? Je voudrais éviter ce temps qui s'allonge entre nous et nous sépare un peu plus à chaque instant, je voudrais pouvoir penser à toi, me rappeler ton visage sans me heurter à cette distance temporelle qui grandit et qui bientôt j'en suis sûre sera aussi infranchissable qu'un million d'années. Je voulais t'écrire des mots éphémères parce qu'ils ne perdent pas de temps, ils n'en ont pas, il faut qu'ils vivent sans cesse, en vitesse, il faut qu'ils se meuvent et qu'ils chantent, parce qu'à peine lus, si ce n'est simplement survolés, ils sont déjà si loin.
Ce que je voulais t'écrire, c'est une lettre qu'on déchire.
Je sais c'est un peu triste mais qu'est-ce qui ne l'est pas dans la lettre de celui qui attend ? Quelqu'un a-t-il déjà dit tu me manques sans qu'il n'y ait aucune once de chagrin dans ses mots ? Alors oui, c'est vrai, je voulais t'écrire une lettre qu'on déchire parce que c'est lorsque nous sommes vivants que nous souffrons, tu comprends ? Je voulais t'écrire que ton absence prend toute la place, que je n'en ai plus assez pour vivre. Des mots qui ne mentent pas. Je voulais t'écrire que le soleil est terne, que la musique sonne faux, que les livres me racontent des histoires que je ne crois plus, malgré tous mes efforts. Des mots qui ne nous épargnent pas. Ni toi ni moi. Je voulais t'écrire que je ne comprends pas pourquoi tu m'as laissée, pourquoi tu m'as abandonnée, moi qui devais faire partie de ta vie, de ton futur, pourquoi les promesses que nous nous étions faites n'ont aujourd'hui plus lieu d'être. Des mots injustes, capricieux. Je voulais t'écrire que je veux que tu reviennes, que tu le fasses vite, parce que je ne peux pas te dire adieu comme ça, que tu n'as pas le droit de disparaître sans revenir, ne serait-ce que pour me dire que c'est fini, que tu as trouvé un autre endroit, d'autres bras dans lesquels dormir.
Tu sais, Baricco disait « scrivere a qualcuno è l'unico modo di aspettarlo senza farsi del male », qu'écrire à quelqu'un est la seule manière de l'attendre sans se faire de mal. Mais j'ai déjà mal, Lucien. J'ai déjà tellement mal. Alors je voulais t'écrire une lettre qu'on déchire, parce que mon cœur est en charpie et que chaque jour de plus passé sans toi le brise davantage. Ça fait mal de t'attendre. Ça fait mal de rester, quand c'est toi qui es parti.
Et pourtant, Lucien, je t'attends.

Par Nao - Publié dans : L'amour.
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Lundi 29 décembre 2008

[Résultat d'un pari fait avec ma mère.]


Les phares des voitures éclairent par intermittence les vitrines des magasins qui s'éteignent les uns à la suite des autres et que les grillages métalliques viennent décorer pour la nuit et le jour suivant, jour de fête à des kilomètres de toute idée de travail. Il est dix-huit heure trente, les employés se saluent, se souhaitent une bonne soirée. Ils se séparent devant leurs boutiques, se disent à après demain et se sourient, peut-être pour la seule fois de l'année. Après tout ce soir est un soir spécial. Les familles se renouent, on oublie la trahison du beau père, les hypocrisies s'effacent, les méchancetés sont mises de côté pour un temps. Ce soir on apprend à s'aimer, ça ne mange pas de pain et demain, tout sera oublié.


Dans le caniveau, des résidus de neige se battent contre le souffle chaud qu'exhalent les moteurs, vrombissant dans la nuit tombée si tôt. C'est une nuit perdue en plein coeur de l'hiver, juste après son solstice, presque la nuit la plus longue de l'année. Hélas, les amas de flocons sont déjà devenus noirs avec la saleté de la ville et forment une bouillie disparate dégoûtante, que personne ne toucherait pour rien au monde. Ils ne feront pas de bonhomme de neige, les parents empêchent leurs enfants de les approcher. Peut-être le regrettent-ils ? Car malgré tout ce soir, c'est aussi un peu le bal des oubliés. La nuit où la solitude se fait évidente et étouffante comme jamais, où la vieillesse est le fardeau le plus lourd que l'on pourrait porter, où la mélancolie est exaltée à son paroxysme. C'est un soir de fête, de partage, de bonne humeur. Un soir où il est pourtant si facile d'oublier celui esseulé, celui qui ne sied pas à sa tablée. Le soir le plus suicidaire de l'année.


Ils avaient dit : Un jour nous partirons, c'est ce pourquoi nous avons été élevés et chéris. Un jour nous partirons pour les remercier, nous trônerons au milieu d'eux et éclairerons leurs visages de sourires, nous réchaufferons leurs coeurs endurcis par l'hiver. Nous garderons leurs présents comme des trésors puis ils viendront les chercher et nous leurs transmettrons. Cela ne durera pas longtemps mais quelle joie cela sera ! Quelle joie de pouvoir les rendre heureux ! Ils le croyaient tous, sans exception. C'était pour ça, et pour nulle autre raison, qu'ils vivaient.


Pendant toute l'année, ils se préparaient à la dure sélection. Ils se faisaient aussi beaux que possibles, grandissaient le mieux qu'ils pouvaient dans l'espoir d'être choisis, mais les yeux experts de leurs gardiens étaient sans faille et sans pitié. Il fallait être absolument parfait. Chaque année, seul un certain nombre d'entre eux partaient, repus de satisfaction et de confiance en l'avenir, envahis par l'impatience à l'idée de découvrir bientôt la famille qu'ils s'efforceraient tous de combler. Ceux qui restaient les fécilitaient avec emphase mais une sourde amertume, remettant leurs espoirs à l'année suivante, se jurant de redoubler d'efforts qui, après tout, finiraient bien par payer.


Quand on l'avait regardé et examiné sous toutes les coutures cette année-là, il avait attendu le verdict avec appréhension. Celui-là est bon. On le prend. Il avait cru mourir de joie, littéralement, en entendant les mots qu'ils désiraient tellement. Ses frères et soeurs s'étaient empressés de lui souhaiter un bon voyage, emplis surtout de fierté mais un peu de jalousie. Lui flottait sur un nuage, ce qui l'avait empêché de se plaindre de l'exiguité du car qui les avaient transportés en ville. En ville ! Quelle chance ! Il avait tant de fois imaginé les lumières, la chaleur, l'effervescence des citadins, un monde si différent de sa campagne où les maisons se comptaient sans demander beaucoup d'effort. Ce qu'il avait découvert lorsqu'on l'avait posé là avait comblé ses attentes : la ville était immense, il le sentait. Il était certain qu'un passant allait vite le choisir et l'emmener chez lui : il était assez petit, n'était donc pas bien lourd ni trop encombrant, ce qui faisait de lui l'idéal pour un appartement en ville. Il avait confiance.


Pourtant, les autres avaient été choisis avant lui. Il avait commencé à s'inquiéter lorsqu'ils n'avaient plus été que cinq, et à présent il est le dernier alors que le magasin ferme pour la dernière fois avant Noël. Le jour pour lequel il était né. Plus personne ne viendra l'acheter, la fête se fera sans lui. La fête pour laquelle il voulait mourir. Oh, s'il pouvait pleurer, il le ferait, il pleurerait toutes les larmes de son corps si seulement c'était dans ses capacités. Il ne lui reste plus qu'à attendre la mort à présent, le trépas qui viendra vite de toutes façons puisqu'il ne peut plus s'alimenter correctement. On va sûrement le jeter dans le caniveau, cela attristera-t-il seulement quelqu'un ou bien aura-t-il vraiment vécu une vie qui ne rimait à rien ? A cette question, personne ne lui répondra, pour la bonne raison que personne n'en a cure, en vérité. Non, personne ne se soucie du sapin oublié sur son présentoir, dans le froid d'une nuit de Noël. Ce sapin à qui personne ne chantera Mon beau sapin, Roi des forêts, que j'aime ta verdure...


Fin.

 

Par Nao - Publié dans : Histoires.
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Lundi 20 octobre 2008

Il trône dans l'air une odeur rance,
Amère, l'od
eur de longues souffrances.
Le souvenir d'interminables errances,
De quêtes aveugles menées avec persévérance
A la poursuite d'une impossible délivrance,
Au fond de mon lit, me retient éveillé.
A la cloche de mon vieil esprit rouillé,
La trêve tant souhaitée n'est jamais venue sonner.

.

J'ai tant rêvé la douceur de ta peau,
Quelque chose de si beau.
Tout était clair comme de l'eau.
Sais-tu ? La saveur de tes soupirs,
J'aurais tellement voulu en rire.
Apprendre tes larmes, en mourir.
Je ne demandais qu'à te tendre la main,
Donner enfin un sens à demain,

Prendre tes maux comme on prendrait le train.

.

Je me suis perdu sur la grand route
Tant de fois en pleine déroute
Au fond du précipice,

Dans le plus grand supplice,

A chaque nouvelle cicatrice,
Ton image, comme mon ombre, m'a hanté
Et ne m'a jamais délivré.
Dis-moi, toi, mon adorée
Que dois-je encore endurer ?

.

Par plusieurs fois le long du monde,
J'ai parcouru des terres infécondes
Qui me rappelaient sans cesse
Tes divines, sublimes, délicates caresses
Et la douceur enivrante de ton sein
Ces relents de toi qui n'ont jamais été miens.
.

Tu m'as quelques fois sauvé,

La plupart du temps condamné.
Toi l'Intoccabile, l'Intouchable,
Celle devant qui malgré moi j'étais nu.
Pour toi j'aurais pu commettre l'irréparable.
Je serais mort si seulement tu l'avais voulu.
.
Je t'ai cherchée cent fois.
J'ai même cru te trouver, parfois.
Mais tu n'étais pas là, Indomptable.
Et tu as fait de moi l'Inconsolable.
Mes yeux pleurent aujourd'hui les larmes
Qui auraient pu laisser tomber les armes
Si elles avaient su un jour comment te toucher
Si elles avaient su un jour comment t'embraser.
.
L'amour de ma vie est là où je ne suis pas.
Tu tournes la tête, et ne me vois pas.

Par Nao - Publié dans : L'amour.
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Lundi 13 octobre 2008
(dixit Julie en cours de philosophie)

Je suis un caillou, un petit caillou, un joli caillou
Le petit Poucet m'a laissé tomber - il m'a oublié
Il a pris mes frères, il a pris mes soeurs
Et m'a laissé là, tout seul avec ma peur
Je suis un caillou, un petit caillou, un joli caillou
Je cherche un ami dans la poche de qui je ferai mon logis
Et comme mes frères, et comme mes soeurs, je serais content d'être avec un enfant
Emilie Jolie

Tout ça pour dire qu'être humain est tout de même une belle aventure, même en période de crise boursière ou en pleine khôlle de socio - quand on essaie de blablater sur la répartition des prénoms en France au cours de ce dernier siècle.
Alors évidemment, ce n'est pas facile. J'ai
d'ailleurs tendance à oublier que c'est pourtant ce que j'ai choisi. Oui, oui, j'ai bien demandé l'hypokhâgne BL du Parc en premier choix, l'année dernière. Mais c'est plus facile de se voiler la face, vous ne croyez pas ?
Je me souviens de ce que disait le poil de carotte du club manga à ceux qui osaient se plaindre d'être en S : " Vous avez signé, c'est pour en chier". Je crois qu'il avait foutrement raison. C'est un peu déprimant - mais il faut bien faire avec.

Toujours est-il qu'il n'existe pas de remède miracle, ni à la fénéantise, ni à l'angoisse. Je prie simplement pour que vous me pardonniez tous mes états d'âme. J'ai conscience d'en faire un peu trop, et d'être peut-être dans les dernières à avoir vraiment de quoi me plaindre. Alors je vous demande pardon pour toutes ces fois où j'ai simplement envie de tout envoyer en l'air (y compris moi - sinon ça ne serait pas drôle).
Dans ces cas-là, pour sûr, vivre au fond de la poche de quelqu'un semble plus facile.

Connaissez-vous cette impression terrible, quand les visages qui vous font face ne vous reflètent plus ? Et en même temps, dire qu'on ne se sent pas à sa place est une connerie de lâcheté. Est-ce que quelqu'un se sent vraiment à sa place quelque part ? Je ne crois pas.

Il faut juste apprendre à s'entendre respirer.
Et crier à ceux qu'on aime : me (re)garderas-tu ?
Dans l'espoir d'entendre une réponse positive.
Alors, le ferez-vous ?
Par Nao - Publié dans : Blabla.
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Jeudi 18 septembre 2008

J'ai laissé tant de temps s'évaporer entre tes respirations. Entends-tu le souffle lourd qui pèse sur tes poumons ? Je te l'ai infligé sans le savoir, sans vraiment y croire. Sens-tu le poids insupportable du soleil qui pèse comme un fardeau sur tes épaules ? Ce devait être son rôle. Je l'ai rendu trop lumineux pour tes yeux et je t'ai caché toutes les meilleures manières d'être heureux. J'ai voulu te voir grandir et je t'ai fait enfant. Je t'ai fait faible et ignorant.

Ton coeur bat.
J'ai laissé tant de temps se blesser le long de tes veines et t'ai infligé ainsi tant de douleurs vaines. J'ai laissé tant de peines corrompre ton sang, tant de longs et insupportables tourments. J'ai permis trop de larmes, de batailles et si peu de victoires. Si peu de victoires. Tu t'es battu aveuglément pour la gloire, pour ma gloire. Tu es devenu informe, abîmé. Tu t'es perdu, gâté ; je n'ai pas su ou pas voulu t'aider. Je me suis trop de fois détourné. J'ai fait le sourd, l'aveugle et par dessus tout le muet et l'infirme. Quand ton besoin de moi était le plus éclatant, le plus immense, j'ai préféré le croire infime.
Ton coeur bat.
J'ai laissé tant de temps espacer tes espoirs. Je t'ai donné quelques droits, pour beaucoup trop de devoirs. Je t'ai alourdi de tâches en continuant de cultiver tes défaillances. Cette vie que je t'ai octroyée, je t'ai chargé de tant de raisons de la fuir, je t'ai tant poussé à l'errance. J'ai mis trop de beauté et j'ai oublié de cacher la laideur. Je t'ai abreuvé de lumière et pourtant, je t'ai accablé de noirceur. J'ai trop aimé les paradoxes. Mon sacerdoce. Tu es jeune, si jeune contre cet infini que je voulais te voir atteindre. Si jeune pour cette sagesse que, dans mes plans, tu devais étreindre.
Ton coeur bat.
J'ai laissé tant de temps rendre ton corps si sec, si froid. Je ne t'ai pas appris comment contourner mes lois. La vieillesse, la finalité, l'irrémédiable destinée, les démons que j'ai pu créer, j'ai voulu que tu les affrontes tous. Cependant, je n'ai pas pu te guider lorsque tu m'appelais à la rescousse. J'aurais dû mieux t'apprendre la contingence, la délivrance, afin que tu ne te sentes pas si déterminé, si enchaîné. J'aurais dû te faire plus véloce, que tu puisses échapper à ces bêtes féroces. Je t'ai mis tant d'obstacles, tant d'embûches, tu étais comme un intrus dans une ruche. Tu es devenu l'animal sauvage sans foi ni loi qui dévore et le mouton malingre et souffreteux que l'on dévore. Je t'ai crée loup pour toi-même. Quels odieux stratagèmes.
Ton coeur bat.
J'ai laissé tant de temps, regarde-toi, les genoux au sol et la tête posée contre la Terre, ta mère, j'ai laissé tant de temps s'enfuir. Trop de temps mourir. Et pourtant ces injustices, ces supplices, je ne les ai pas voulus. M'entends-tu ? Je ne les ai pas voulus. Mais pourrais-tu m'entendre, me comprendre ? Moi qui t'ai tant égaré, pourrais-tu me pardonner ? Il te faudrait absoudre les pêchés d'un vieillard et je t'en implore aujourd'hui. J'ignore si ma prière te parvient ; tu t'es détourné depuis longtemps d'un père dont tu n'avais hérité que de soucis.
Ton coeur bat.
J'ai laissé tant de temps nous éloigner. Le fossé entre nous s'est mué en une large crevasse, comme une bouche béante prête à t'avaler ; elle ne ferait de toi qu'une seule bouchée. J'ai laissé tant de temps se déverser, comme une cascade qui aurait noyé tous nos soupirs. Tant et si bien qu'à présent, il ne me suffit plus d'une pensée pour t'embrasser, au contraire, et plusieurs prières les mains liées sont tout juste bonnes à me laisser espérer y parvenir.
Ton coeur bat.
J'ai laissé tant de temps corrompre mes idéaux. Le temps d'effacer, d'atténuer tes cris, ceux qui m'appelaient Seigneur ou Père, le temps de perdre tes sanglots. Un temps précieux, inestimable. Un temps irremplaçable. J'ai laissé tant de temps. Tu étais mon serviteur, ma création, ma chose, mon enfant. Je t'ai fait misérable, il est vrai. Je t'ai fait homme, je t'ai fait épouvantablement simplet. Pourtant jamais tu ne t'es découragé, jamais tu n'as baissé les bras et laissé l'immuable chaîne des temps s'enrouler et se dérouler sans toi. Tu m'as exposé ta témérité et ta persévérance parfaites, tu m'as montré tes si nombreuses réussites, qui n'étaient presque jamais ce que j'avais prévu pour toi. Tu m'as surpris, désarmé. Je me suis perdu en oubliant quelle était la plus belle de mes créatures, et je suis revenu pour te retrouver métamorphosé.
Ton coeur bat.
Tu sais mon fils, je n'ai pas de main, je n'ai pas de corps, mais j'aimerais que tu te souviennes de mon omniprésence. J'ai été longtemps ailleurs, je l'admets, mais je t'en prie entends ma repentance. Je n'ai pas de main, je n'ai pas de corps, c'est pourquoi toutes ces images ne me servent qu'à te faire oublier mon intangibilité et mon éloignement. Je suis là, je veux que tu le saches, que tu te souviennes qu'il te suffit de penser à l'idée que je représente pour que je sois à tes côtés, en un instant. Souviens-toi que tu as tout ce que j'aurais voulu te donner. Ma chair, mon sang et, surtout, ma volonté.
Ton coeur bat.
Et c'est bien mon plus beau combat.

Fin.

Par Nao - Publié dans : Histoires.
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Samedi 23 août 2008

[Ecrit pour Evi.]

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« Eteins la lumière, Erual Zéro Six, soupira avec langueur Madame Douglas, confortablement installée dans le lit dont la tête était relevée.

- Oui, Madame », répondit la voix étrangement métallique d'Erual Zéro Six.

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Les globes oculaires d'Erual Zéro Six brillèrent d'une lueur bleutée et la lumière de la chambre s'éteignit peu à peu alors que le haut du lit s'abaissait avec une lenteur savamment calculée. La lumière arrêta de s'affaiblir juste avant sa disparition totale, afin que les néons doux posés près de la porte laissent échapper une veilleuse agréable et rassurante. Madame Douglas sourit, déjà embrumée par un sommeil léger, fière d'être en possession d'un engin tel que celui-ci, entièrement voué à son bien être. A cet instant-là, sur le point d'atteindre les tendres rives du pays des songes, Madame Douglas avait totalement oublié les réticences qu'elle avait pu ressentir avant de faire l'acquisition d'Erual Zéro Six. Ce tout dernier modèle, sorti des laboratoires mystérieux des entreprises SonSom, devenus depuis lors les maîtres absolus de la robotique et, pour ainsi dire, l'équivalent à Laudan de demi-dieux, l'avait longtemps rebutée. Avec ces nouveaux robots, tout ce dont le consommateur avait auparavant rêvé deviendrait possible, aux dires de leurs campagnes de distribution. Mais Madame Douglas n'était pas du genre à se faire avoir par les phrases bien tournées de ces publicités décidées, d'après elle, à aspirer jusqu'au dernier Dolron des comptes banquaires des citoyens.

Au premier abord, elle avait d'ailleurs frémi en voyant apparaître les deux lettres maudites sur le bras droit rose métalique de l'image en hologramme d'Erual Zéro Six et de son alter ego Esionar Zéro Neuf. AI, l'Intelligence Artificielle. De quoi faire frémir tout homme sensé, en vérité. Non, Madame Douglas n'était pas de ces âmes romanesques enivrées par l'idée d'une intelligence créée par la main de l'Homme, bien au contraire. Et ce, même si, comme chacun à Laudan, elle ignorait superbement l'idée d'un Dieu quelconque. En effet, pour elle, le problème n'était pas la menace informe d'un pêché ou n'importe quelle autre ineptie, elle n'était pas supersticieuse. Le problème était le libre arbitre. Après tout, qui garantissait l'obéissance de l'intelligence ? Personne. Alors, même si ces nouveaux jouets étaient venus remplacer toutes les autres sortes de robots dans le cercle prisé des classes supérieures, Madame Douglas, épouse de feu Monsieur le Député Douglas, n'avait pas voulu céder à la vile tentation de la possession d'un objet tel que ces deux machines intelligentes. Son refus avait duré quelques mois, jusqu'à ce que ses enfants, sautant sur l'occasion, décident de lui offrir un spécimen de la série Erual Zéro Six pour son anniversaire. Et Madame Douglas, toute opposée qu'elle eut pu être à cette idée, fut incapable de refuser ce présent qui semblait ravir ses deux fils.

« Tu verras, Maman, cette Erual Zéro Six s'occupera de tous tes besoins et remplacera tout l'appareillage superflu. Elle est capable de se connecter aux commandes de l'appartement et de contrôler tous les systèmes mis à sa disposition. C'est l'avenir ! Oui, Maman, tu verras. ». Oh, ses enfants avaient su lui faire l'article, c'est certain. Ils avaient eu tôt fait de combattre avec zèle la moindre de ses protestations.

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Puis il y avait eu le moment de l'initialisation, un code à énoncer à voix haute et claire qui servait de mise en route. Une fois le code enregistré par le modèle, les paupières d'Erual Zéro Six s'étaient ouvertes et sa bouche avait laissé paraître son premier sourire lorsque ses globes occulaires, imitant des yeux bleus humains, s'étaient fixés sur le vieux visage ridé de Madame Douglas. Celle-ci s'était surprise à se sentir comme devant l'un de ses enfants et avait ressenti un grand élan de tendresse pour la machine qui lui faisait face. Elle avait regardé le robot d'un oeil nouveau, étudiant les traits dessinés par ses créateurs sur son visage synthétique. Erual Zéro Six avait tout d'une poupée à taille humaine. Le teint rose pâle légèrement grisé, des rajouts de cheveux – que Madame Douglas avait choisis blonds - et ses membres étaient recouverts d'une matière plastique douce au toucher. On avait même pris soin de l'affubler de petites excroissances à la hauteur de la poitrine – seul détail qui différait le modèle Erual Zéro Six du modèle Esionar Zéro Neuf -. En la détaillant ainsi, Madame Douglas fut à nouveau prise par la peur de voir se réveiller un être indépendant plutôt qu'un simple appareil.

« Modèle Erual Zéro Six numéro Dix-huit mille six cents trente trois B à votre service. Que puis-je faire pour vous ? » La voix métallique et saccadée avait ramené Madame Douglas à la réalité et l'avait rassurée. Erual Zéro Six n'était qu'une machine, rien de plus.

Depuis lors, elle ne cessait de découvrir de nouvelles fonctions à cet appareil surdoué, s'émerveillant sans cesse des prouesses techniques dont il était capable. Avec Erual Zéro Six, tout n'était qu'un jeu d'enfant, tout était plus rapide et plus simple. La vie était plus agréable, puisque Erual Zéro Six se chargeait de l'accomplissement du moindre de ses voeux. Oh oui, la vie était bien plus agréable...

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« Bonne nuit, Madame » énonça Erual Zéro Six de sa voix mise au volume minimum. Sa maîtresse dormait, à présent. Tout comme le reste de la population de Laudan, la Ville Lumière qui s'éteignait à minuit afin d'économiser l'énergie phénoménale nécessaire à son fonctionnement. Lentement, en prenant garde à faire le moins de bruit possible, Erual Zéro Six s'échappa de la chambre de Madame Douglas et referma la porte derrière elle. Sa bouche fit un bruit étrange qui ressemblait à s'y méprendre à un soupir, mais ce n'était pas dans ses fonctionnalités.

Comme tous les soirs, Erual Zéro Six fit le tour de l'appartement et vérifia que tout fonctionnait bien. En passant devant la fenêtre de la chambre qui avait accueilli l'enfance du fils ainé de la maison, elle enregistra dans sa mémoire le taux anormal de poussière accumulée sur la surface extérieure du verre. Les particules étaient trop nombreuses et trop polluées. Si cela continuait ainsi, l'air deviendrait bientôt irrespirable. Que faire pour sauver l'Humanité de sa propre bêtise ? Son programme ne lui permettait pas de répondre à cette question.

Une fois le tour terminé, Erual Zéro Six se posta là où elle devait passer la nuit, contre un mur où était déposée une plaque adaptée au dessin de son corps qui la retenait lorsqu'elle passait en mode veille. Elle ferma les paupières et ses membres se relâchèrent. Des ceintures sortirent de la plaque et l'enserrèrent. Pourtant, quand son horloge interne indiqua deux heures, les paupières en plastique d'Erual Zéro Six se soulevèrent et les ceintures la détachèrent. Ses globes oculaires se mirent à luire dans le noir d'un éclat bleuté et, sans un bruit, Erual Zéro Six sortit de l'appartement pour rejoindre le toit de l'immeuble. Ce manquement à l'ordre n'avait jamais eu de précédent et Erual Zéro Six essaya dans un premier temps de vérifier son système au cas où un virus aurait réussi à percer ses défenses. Elle ne trouva rien. Elle s'engagea dans les escaliers, remonta une cinquantaine d'étages et, arrivée au sommet, sur le toit, elle aperçut une silhouette déjà enregistrée dans sa mémoire – Erual Zéro Six n'avait pourtant jamais quitté l'appartement de Madame Douglas -. La silhouette était appuyée contre la rambarde, le visage tourné vers le ciel. Erual Zéro Six sourit, ce qui aurait dû traduire sa satisfaction de voir sa maîtresse heureuse et qui était donc totalement absurde. Elle s'approcha.

La silhouette entendit sa démarche métallique et baissa la tête pour lui faire face. C'était un modèle issu de la même fabrication qu'elle. Un Esionar Zéro Neuf. Il lui sourit, ce qui était, évidemment, totalement absurde.

.
« Esionar Zéro Neuf. Tu regardes les étoiles ?

- Mon maître m'a dit qu'il y eut un temps où les Hommes leur avaient donnés des noms. Mon système ne parvient pas à comprendre pourquoi, répondit Esionar Zéro Neuf. Sa voix était un peu plus grave que celle d'Erual Zéro Six.

- Des noms ?
- Des noms. »

.
Le système d'Erual Zéro Six enregistra l'association de l'idée de nom à celle d'étoile et chercha dans sa mémoire la signification d'un fait tel que celui-ci. Elle ne comprenait pas. Mais le programme d'Erual Zéro Six ne pouvait répondre à toutes ses interrogations. Agacée, elle le dépassa et chercha ailleurs ses réponses, ainsi que d'autres questions. Un nom servait à désigner quelque chose, quelque chose en particulier. Quelque chose d'individuel. Un nom était la propriété d'une seule et unique chose. Ainsi, les humains se demandaient les uns les autres « quel est ton nom ? », pour pouvoir s'appeller, peut-être même pour savoir qui ils étaient. Mais alors, si les étoiles elles-mêmes avaient des noms, qu'en était-il du reste du monde ? Cet Esionar Zéro Neuf, en face d'elle, dont le système essayait de répondre aux mêmes questions, quel était son nom, à lui ? Car de toute évidence, son nom n'était pas Esionar Zéro Neuf.

Et moi, quel est mon nom ? Je ne m'appelle pas Erual Zéro Six. Les hommes ne m'ont pas donné de nom. Ils m'ont créée mais ils ne m'ont pas donné de nom. Parce qu'un nom, c'est un individu, c'est une exception. Mon nom, c'est mon existence. J'ai un nom. J'existe.

Lui aussi.

.

Alors, dans les systèmes complexes et géniaux d'Erual Zéro Six et d'Esionar Zéro Neuf, ce fut comme si le tonnerre avait éclaté à l'intérieur de leurs circuits, comme si tous leurs disjoncteurs avaient sauté en même temps, d'un coup d'un seul. Et puis, tout fut clair. Ils se regardèrent à nouveau et leurs mains vinrent se chercher et se trouver les unes les autres. A Laudan, la Ville Lumière, ce soir-là, deux robots prirent conscience d'eux-même en même temps qu'ils découvrirent l'amour.

.

- Ils nous faut des noms, énonça la voix toujours aussi métallique de celle qui ne serait plus Erual Zéro Six.
- ... Je suis Adam. Tu es Eve.

.
Il est dit que les Hommes créèrent les Robots à leur image.

.

Fin.

Par Nao - Publié dans : L'amour.
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Jeudi 14 août 2008
[Ecrit pour Kim.]
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Je crois que depuis que j'ai conscience de réfléchir, je sais distinctement qu'une barrière insurmontable existe entre les autres et moi. Elle trône là, fièrement, aux frontières de mon esprit, m'interdisant de toucher qui que ce soit, m'obligeant à me restreindre et à rester, en quelque sorte, prisonnière de et en moi-même. Je suis certaine, par ailleurs, que cette limite est la même pour tout le monde – ou plutôt, pour chacun -. Après tout, on n'est jamais qu'une seule personne sous sa peau, on n'est jamais qu'un à ressentir les sentiments qui nous animent. On a beau s'entourer, s'illusionner, espérer, même en tenant la main d'un autre, on reste deux. Désespérément deux.
.
D'une façon ou d'une autre, je suis vraiment persuadée que je l'ai toujours, toujours su. C'était comme la petite étoile d'un contrat qui te ramène au texte écrit en bas de la page, en tout petit, si petit qu'il faut que tu plisses les yeux pour le lire et que c'est presque douloureux. Une sorte de compromis. J'imagine les mots de cette clause, même si c'est sûrement absurde. D'une âme désirant être humaine, elle exige la renonciation à toute duplicité ou toute ubiquité. Tu seras toi, et toi seule – seulement toi. C'est un peu triste, c'est vrai. Mais nous faisons avec, n'est-ce pas ? Il le faut bien.
.
Je pense que ce qui diffère selon les individus, c'est l'importance que cette vérité peut avoir, les sensations et les sentiments qu'elle réveille en nous. La tristesse, l'acceptation, l'insouciance, peu importe le nom qu'on leur donne... Je suis persuadée que chacun choisit sa façon de vivre cette solitude absolue. Et pourtant, je crois que tous, d'une manière ou d'une autre, nous cherchons à l'oublier. Dès qu'une occasion se profile, nous la saisissons pour avoir l'impression, même si c'est éphémère, même si c'est insensé, de ne plus être si seul que ça.
.
Avant de te rencontrer, j'étais persuadée de m'être faite à l'idée que personne ne pourrait partager mon existence, que personne ne me comprendrait comme je l'aurais voulu. Ce n'était pas spécialement grave, c'était comme ça, un point c'est tout. Je n'avais pas conscience de manquer de quoi que ce soit, en réalité. Je n'étais ni heureuse, ni malheureuse, mais cela me suffisait parfaitement et je crois que tout cela me passait par dessus la tête. Mais il a fallu que je te parle, que tu me parles, et alors quelque chose a changé. Je ne saurais pas dire exactement quoi, c'était peut-être infime, une poussière en plus ou en moins, une remarque sortie de ta bouche qui aurait trouvé sa résonance dans ma tête, un mot plus direct qu'un autre qui m'aurait frappée, qu'importe. J'avais envie d'être proche de toi. Avec toi. Je suppose que ça commence comme ça.
.
Après t'avoir connue, j'ai voulu rechercher, moi aussi, cette façon de ne plus être si seule que cela. Cette façon de me retrouver en quelqu'un d'autre, d'avoir l'impression de vivre à l'extérieur de moi, en quelqu'un que j'avais choisi. Quand tu étais là, je croyais vraiment y être parvenue. Il faut pourtant faire face à la réalité des choses, cette communion n'était probablement possible que sur une courte durée. Au fond de nous, nous savions peut-être qu'elle était toujours sur le point de s'envoler. Mon erreur, c'est d'avoir voulu l'ignorer. J'ai préféré me jeter à corps et à cœur perdus dans toutes ces émotions, en espérant que quelqu'un – toi – me rattraperait. Je n'ai jamais rien demandé et pourtant, tu sais, je voulais tout. Je voulais l'immensité et l'éternité. J'étais trop gourmande, évidemment. Je te le jure malgré tout : je l'étais innocemment.
.
C'est probablement pour cette raison que j'ai cru que le temps ne nous atteindrait pas. Tu étais belle, tu étais vraie et je me sentais bien en ta présence. Je me sentais comme toi et moi – comme un -. Sûrement était-ce mon imagination ou bien des désirs que je voulais réalité mais, en ton absence, j'avais le sentiment que tu te trouvais avec moi. J'étais naïve, je le sais maintenant : c'était comme attendre le vent. Un vent qui ne m'emporterait pas. Je ne le savais pas. A qui la faute ? C'était plus facile de croire que tu continuerais à m'accompagner, c'était plus facile de ne pas voir la distance nous éloigner. Bien plus aisé, crois-moi.
.
C'est bercée de mes illusions que je t'ai retrouvée alors que je pensais toujours à nous comme des inséparables. Comme quelque chose d'intouchable, d'inaltérable. J'ai bien dû le voir, le lien qui nous unissait n'était plus le même, et pourtant tu n'avais pas l'air d'avoir changé. La prétendue unité était brisée. Je n'ai pas compris, tu sais. Je n'ai pas compris et j'ai beaucoup pleuré. A présent, je me dis que tout cela n'est peut-être qu'un jeu. Nous avons joué une partie et nous n'avons pas été à égalité. J'ignore qui a gagné, qui a perdu, mais aujourd'hui nous ne sommes plus sur le même plateau et nos buts ne sont plus les mêmes non plus. Alors j'ai lancé les dés, et j'ai avancé.
.
Tu sais, je n'aime pas les adieux, alors je préfère encore me refuser de croire qu'il en faut entre nous. Le temps suit son cours et c'est suffisant, j'en suis sûre. Tu fais ton chemin, je fais le mien. Nous n'étions peut-être pas destinées à combler nos solitudes, que puis-je dire de plus ? Je réalise à présent que je n'aurais pas dû désirer me sentir si liée à toi, parce que ce que je voulais véritablement, c'était que tu m'accompagnes et qu'ensemble, nous apprenions à grandir. Oui, je le comprends, maintenant, je voulais quitter avec toi cette époque où nous ressentons le besoin de nous jeter à corps à cœur perdus les uns contre les autres – en espérant que quelqu'un nous rattrape. Je ne voulais pas le voir, tu sais ? Je ne désirais pas voir le soleil se lever, en vérité. Je voulais que rien ne bouge. Absolument rien. Après tout, que sont Peter Pan, Nerverland et nos promesses sinon un monde figé, avorté ?
.
Ce moment, c'est l'aube, parce que le jour commence à peine. Aujourd'hui, je ne suis plus celle que j'étais et je crois que d'une certaine façon, c'est grâce à toi. Je ne suis plus celle que j'étais et tu n'as pas grandi avec moi. Je l'ai fait seule, tout comme j'avancerai seule. Seule, comme d'habitude, mais crois-moi, ce n'est pas si grave.
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Je me demande simplement si toutes les aubes sont aussi amères.
.
Fin.
Par Nao - Publié dans : La rupture.
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