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D'une façon ou d'une autre, je suis vraiment persuadée que je l'ai toujours, toujours su. C'était comme la petite étoile d'un contrat qui te ramène au texte écrit en bas de la page, en tout petit, si petit qu'il faut que tu plisses les yeux pour le lire et que c'est presque douloureux. Une sorte de compromis. J'imagine les mots de cette clause, même si c'est sûrement absurde. D'une âme désirant être humaine, elle exige la renonciation à toute duplicité ou toute ubiquité. Tu seras toi, et toi seule – seulement toi. C'est un peu triste, c'est vrai. Mais nous faisons avec, n'est-ce pas ? Il le faut bien.
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Je pense que ce qui diffère selon les individus, c'est l'importance que cette vérité peut avoir, les sensations et les sentiments qu'elle réveille en nous. La tristesse, l'acceptation, l'insouciance, peu importe le nom qu'on leur donne... Je suis persuadée que chacun choisit sa façon de vivre cette solitude absolue. Et pourtant, je crois que tous, d'une manière ou d'une autre, nous cherchons à l'oublier. Dès qu'une occasion se profile, nous la saisissons pour avoir l'impression, même si c'est éphémère, même si c'est insensé, de ne plus être si seul que ça.
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Avant de te rencontrer, j'étais persuadée de m'être faite à l'idée que personne ne pourrait partager mon existence, que personne ne me comprendrait comme je l'aurais voulu. Ce n'était pas spécialement grave, c'était comme ça, un point c'est tout. Je n'avais pas conscience de manquer de quoi que ce soit, en réalité. Je n'étais ni heureuse, ni malheureuse, mais cela me suffisait parfaitement et je crois que tout cela me passait par dessus la tête. Mais il a fallu que je te parle, que tu me parles, et alors quelque chose a changé. Je ne saurais pas dire exactement quoi, c'était peut-être infime, une poussière en plus ou en moins, une remarque sortie de ta bouche qui aurait trouvé sa résonance dans ma tête, un mot plus direct qu'un autre qui m'aurait frappée, qu'importe. J'avais envie d'être proche de toi. Avec toi. Je suppose que ça commence comme ça.
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Après t'avoir connue, j'ai voulu rechercher, moi aussi, cette façon de ne plus être si seule que cela. Cette façon de me retrouver en quelqu'un d'autre, d'avoir l'impression de vivre à l'extérieur de moi, en quelqu'un que j'avais choisi. Quand tu étais là, je croyais vraiment y être parvenue. Il faut pourtant faire face à la réalité des choses, cette communion n'était probablement possible que sur une courte durée. Au fond de nous, nous savions peut-être qu'elle était toujours sur le point de s'envoler. Mon erreur, c'est d'avoir voulu l'ignorer. J'ai préféré me jeter à corps et à cœur perdus dans toutes ces émotions, en espérant que quelqu'un – toi – me rattraperait. Je n'ai jamais rien demandé et pourtant, tu sais, je voulais tout. Je voulais l'immensité et l'éternité. J'étais trop gourmande, évidemment. Je te le jure malgré tout : je l'étais innocemment.
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C'est probablement pour cette raison que j'ai cru que le temps ne nous atteindrait pas. Tu étais belle, tu étais vraie et je me sentais bien en ta présence. Je me sentais comme toi et moi – comme un -. Sûrement était-ce mon imagination ou bien des désirs que je voulais réalité mais, en ton absence, j'avais le sentiment que tu te trouvais avec moi. J'étais naïve, je le sais maintenant : c'était comme attendre le vent. Un vent qui ne m'emporterait pas. Je ne le savais pas. A qui la faute ? C'était plus facile de croire que tu continuerais à m'accompagner, c'était plus facile de ne pas voir la distance nous éloigner. Bien plus aisé, crois-moi.
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C'est bercée de mes illusions que je t'ai retrouvée alors que je pensais toujours à nous comme des inséparables. Comme quelque chose d'intouchable, d'inaltérable. J'ai bien dû le voir, le lien qui nous unissait n'était plus le même, et pourtant tu n'avais pas l'air d'avoir changé. La prétendue unité était brisée. Je n'ai pas compris, tu sais. Je n'ai pas compris et j'ai beaucoup pleuré. A présent, je me dis que tout cela n'est peut-être qu'un jeu. Nous avons joué une partie et nous n'avons pas été à égalité. J'ignore qui a gagné, qui a perdu, mais aujourd'hui nous ne sommes plus sur le même plateau et nos buts ne sont plus les mêmes non plus. Alors j'ai lancé les dés, et j'ai avancé.
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Tu sais, je n'aime pas les adieux, alors je préfère encore me refuser de croire qu'il en faut entre nous. Le temps suit son cours et c'est suffisant, j'en suis sûre. Tu fais ton chemin, je fais le mien. Nous n'étions peut-être pas destinées à combler nos solitudes, que puis-je dire de plus ? Je réalise à présent que je n'aurais pas dû désirer me sentir si liée à toi, parce que ce que je voulais véritablement, c'était que tu m'accompagnes et qu'ensemble, nous apprenions à grandir. Oui, je le comprends, maintenant, je voulais quitter avec toi cette époque où nous ressentons le besoin de nous jeter à corps à cœur perdus les uns contre les autres – en espérant que quelqu'un nous rattrape. Je ne voulais pas le voir, tu sais ? Je ne désirais pas voir le soleil se lever, en vérité. Je voulais que rien ne bouge. Absolument rien. Après tout, que sont Peter Pan, Nerverland et nos promesses sinon un monde figé, avorté ?
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Ce moment, c'est l'aube, parce que le jour commence à peine. Aujourd'hui, je ne suis plus celle que j'étais et je crois que d'une certaine façon, c'est grâce à toi. Je ne suis plus celle que j'étais et tu n'as pas grandi avec moi. Je l'ai fait seule, tout comme j'avancerai seule. Seule, comme d'habitude, mais crois-moi, ce n'est pas si grave.
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Je me demande simplement si toutes les aubes sont aussi amères.
Fin.