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Mercredi 4 juin 2008

Ceci est une déclaration d'amour.

A la gloire de tes yeux bleus.

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C'est une fille dont on croise le regard comme on croise le destin. Le genre de personne que vous pensiez être

totalement iréel, incompatible avec vos journées sans saveur. Et sans vous en rendre compte, ses sourires viennent prendre possession de votre ciel, votre visage se perd dans vos draps pour y trouver son odeur. Oui, c'est une de ces filles qui vivent en arc-en-ciel, la pluie et le beau temps, l'agonie et l'enchantement. Ce genre-là, celui qu'on dévore dans les livres et dont on ne se lasse pas de rêver, celui qui nous abandonne ivre, ivre d'avoir trop espéré.

C'est une fille comme ça, une fille que personne ne mérite de rencontrer. Et pourtant un jour on la retrouve sur le bord de sa route comme au bord du plus grand gouffre, on lui prend la main et le monde s'éclaire. Je ne vous mentirais pas si je vous disais que quand je l'ai prise dans mes bras mon coeur a raté une ou deux mesures, non, et je n'oserais pas vous avouer à quel point j'avais envie de ne plus la lâcher. C'est dans l'enfer de ses yeux que j'ai trouvé la plus belle des peintures, comme une tornade qui m'emmenerait voler jusque là où plus rien n'a de sens.

C'est une fille parmi les autres, vous savez, une fille qu'il faut vouloir regarder au moins une fois dans sa vie, une fille

que vous feriez mieux de ne pas rater. Puisque si nos histoires se ressemblent, il n'en résulte pas moins que nous restons toujours seuls, et que pourtant vivre cette solitude avec sa voix c'est contempler nos majuscules et nos points qui se rassemblent.

C'est une fille qu'inéxorablement on en vient à aimer.

We all ferment
A face can change but souls stay young
We're all connected
So take a journey with someone

Learn to be as one


Je savais qu'elle existait, quelque part, autre part. Je le savais et je la lisais sur l'écran froid de mon ordinateur, je lisais ses larmes et ses rires virtuels. Il serait même plus judicieux de dire que je m'en saoulais. Je me noyais dans l'océan de ses merveilles et je me hurlais de faire quelque chose, même n'importe quoi, quelque chose pour essayer de l'atteindre, quelque chose pour essayer de l'effleurer du bout des doigts. Je voyais ses messages, ses histoires, je voyais tout ça et je me disais mais bordel, aime-la comme il se doit. Trouve le moyen de l'aimer comme il se doit.

Quand pour la première fois j'ai su que j'allais la rencontrer je ne voulais pas y croire. Je pense que jusqu'à ce que je la serre contre moi le soir venu je n'y croyais toujours pas. C'était comme être confronté à l'énormité de Dieu alors qu'on a toujours tourné le dos à l'Eglise, mais c'étaient simplement ses cheveux qui contrastaient avec le noir et blanc de cette ville. J'entendais ses vocalises me chatouiller l'oreille et je ne savais pas comment faire pour taire ce sentiment de bonheur, ce sentiment étrange qui vous prend des pieds à la tête et qui ne laisse rien au hasard. Pourtant d'habitude ce n'est pas vraiment la joie qui m'habite. J'aurais simplement voulu poser ma tête sur son épaule, respirer au creux de son cou et rester là toute ma vie.


Still living, sinking, falling, twisting
But I'm beathing you in
Breathing you in

/

Et c'est vrai, ce n'est pas parce que la réalité de son existence remplit le vide qu'avait creusé la résignation dans l'espoir que je ne tombe pas encore. Je me trompe souvent de chemin, comme avant, je me sens encore coupée en deux. Je cours et je me prends les murs, je traîne et le train me dépasse. Comme quand le quai crie sa vacuité à mes yeux fuyants et que les rails me narguent alors que je viens de voir son visage disparaître. Comme quand les pleurs refusent de venir au beau milieu d'une gare et de centaines de corps qui se pressent. Je m'enfonce toujours dans mes nuits d'insomnie et j'ai encore du mal à me défaire de ma solitude, mais je sais que quelque part, elle est là. Et son rire me hante.

C'est une fille belle à mourir, vous savez. Belle à mourir et si Bill devait tomber amoureux, je voudrais que ce soit d'elle. Oui, si c'était elle j'ai la sensation que je pourrais tout supporter, tout pardonner, à condition qu'elle ne m'oublie jamais. Puisque maintenant que je la connais, je reste persuadée que je ne pourrai plus jamais vivre sans son air.


Oxygen


Alors, je t'en prie, où que tu ailles mon Océan.

Emmène-moi.

 

Par Nao - Publié dans : A celles et ceux qui.
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Mercredi 4 juin 2008

[Rédaction de Français de Première.]


Le poète est semblable au ruban qui s’enroule et qui glisse sur le vent invisible, doux ou violent. Il est là et déjà ce n’est plus que sensations. La vue se brouille et on ne distingue plus que le tissu léger. Le souffle fatigué de l’air tranché en mille morceaux résonne dans les oreilles. La respiration devient lourde, traînante.


Et tourne, tourne, tourne autour de la vie.


La main de l’enfant saisit la baguette et la serre jusqu’à en faire blanchir ses articulations. Ses petits ongles entaillent sa paume presque jusqu’au sang, pourtant la fillette aux yeux verts ne paraît pas s’en soucier. Sur la scène, ce n’est plus que grâce et don de soi, et ce ruban qui ondule dans l’air comme une note dans le silence. Le poète tournoie autour des mots comme un cri sur une partition, une tâche fluorescente dans la nuit la plus sombre. La petite fille, c’est la vie et le poète la connaît depuis longtemps déjà.


Et tourne, tourne, tourne pour cette abnégation.


Le poète s’envole et raconte aux hommes le comment et le pourquoi. Il n’est plus qu’un ruban arc-en-ciel auréolé de lumière dont ils suivent du regard les oscillations. Tous sont envoûtés par son mouvement insupportablement parfait qui semble ne jamais s’arrêter. A gauche, à droite, en haut, en bas, dans tous les sens, et c’est sans queue ni tête. Les longues tresses blondes de l’enfant, en harmonie avec le flux de cette si simple bande de tissu, semblent pourtant un peu trop lourdes. Tout cela est trop véloce, trop enivrant. Cela a l’air divin, on fixe sans pouvoir s’en détacher, on ne sait plus si c’est l’enfant ou le ruban qui fait cette magie. Si c’est le poète où le monde qui créé ce songe éclatant.


Et tourne, tourne, tourne, l’innocence finit par disparaître.


Car tous déjà désirent cet enchantement, l’homme et sa cupidité prennent le dessus sur l’émerveillement et sa tendresse. Le chérubin à la main souveraine leur appartenait dès l’instant même, cet instant maudit, où ils ont posé les yeux sur le duo du diable. Le ruban ondule toujours et l’agacement se fait ressentir. Le poète chante encore ses mots exaltants et on voudrait pouvoir faire de même ou au moins comprendre. Les hommes ne peuvent rien et, imbéciles qu’ils sont, s’attaquent à ce qu’ils ne peuvent atteindre. L’homme draine l’énergie et le ruban bat de plus belle.


Et tourne, tourne, tourne, l’abandon ne mène à rien.


Ce qui doit arriver arrive. Les hommes détruisent ce qui est si puissamment fragile. Le ruban frétille, jongle avec son propre corps, danse, s’étourdit à trop se démener pour tourner encore. La petite main tremble, l’enfant sue sous l’effort, ses pas s’emmêlent. Et de la même façon, la vie relâche son attention pendant un laps de temps trop long et pourtant si court, le poète abandonné percute un obstacle et s’en retrouve blessé. Cependant, il continue de rêver un peu trop fort.


Et tourne, tourne, tourne, même si ça fait mal.


Comme le ruban, le poète comprend et virevolte sur le cours du temps, grave pour l’éternité ses mots porteurs de sentiments dans le cœur des hommes. Il se laisse emporter par la main de la jolie gamine aux cheveux de Soleil et se débat comme un forcené avec elle contre vents et marées, contre les aléas du monde. Autour de lui, sa poigne de fer le serre dans un étau doré de chaînes aussi douces que la dernière caresse d’un bourreau.


Et tourne, tourne, tourne, il y aura bien quelque chose.


Le poète est toujours à la limite légère entre la réalité et le songe, il semble contrôler les mots mais c’est plus comme un ballet, un concerto. C’est de l’Art, aspiré sournoisement par les autres, toutes ces âmes qui, elles, se démènent uniquement pour vivre à travers cette procuration, qui, elles, profitent de l’émotion née d’un talent qui ne leur appartient pas. Le ruban coule et chacune de ses rondes est un poème que tous les hommes lui volent, violent, sans respect, riant ou pleurant de ses déboires avec petite fille la vie.


Et tourne, tourne, tourne, il n’y a que ça de vrai.


L’enfant tombe, le ruban vole une dernière fois et heurte le sol, déjà la beauté de leurs pas savoureux est oubliée, la foule rit, c’est plus simple de retourner sa veste, et regarde-les comme ils sont ridicules, et ce ruban, là-bas, ne ressemble plus à rien. Des mensonges amers qui poignardent l’être auparavant magnifique et réduit à présent à un morceau de tissu qu’on écrase sans se retourner. L’espoir meurt bien trop tôt.


Et tourne, tourne, tourne, défends les idées d’une magnificence explosée.


Le poète se heurte au monde, il a de trop grands idéaux et ne rentre jamais dans la norme. Des fers invisibles le retiennent et, tel le ruban, il se traîne par terre, immanquablement piétiné. Il garde pourtant une fierté farouche. Il sait qu’il est au dessus d’eux, même si tout ce qu’il ressent ce ne sont que les coups terribles qui le clouent au sol. Et quand le ruban devient si sale qu’il en perd toutes ses belles couleurs, le poète agonise au fond d’un puit.


Et tourne, tourne, tourne, rien n’est jamais perdu.


C’est la ténacité qui permet au rêveur fou qu’est ce grand maître des psaumes de finalement se relever, certes un peu cabossé, certes un peu tordu, et cependant plus fort même qu’au départ. La petite fille, il l’a perdue, mais il tournoie quand même, solitaire. C’est une énergie du désespoir, amère et ténébreuse. Le poète contre les maux par les siens faits de lettres.


Et tourne, tourne, tourne, fais taire les sceptiques.


Le poète fait la guerre et l’amour en son âme et sous sa plume, à l’image de ce ruban qui caresse l’air et fend les cœurs assez ouverts pour se laisser séduire. Il est de ceux qui savent et transmettent, de ceux qui cherchent et se perdent, de ceux qui trouvent et adorent jusqu’à en mourir. Même pour ces hommes qui le meurtrissent et cette vie qu’il a perdue en cours de route. De toutes façons, cette mascarade est sa seule drogue.


Et tourne, tourne, tourne…


Au fond, c’est une histoire d’amour.

Par Nao - Publié dans : Histoires.
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Mercredi 4 juin 2008

[Ecrit pour Wawa.]


Assis dans la bergère du salon, je regarde le soleil se coucher sur la ville. Ses rayons éclairent les quelques géraniums posés sur le rebord de la fenêtre. J'avais mis ça là pour faire comme tout le monde. Ça sonnait assez bien, arrivé à quatre vingt ans, de commencer à prendre soin de quelques plantes. Parfois, le simple fait de savoir qu'il faut empoigner son arrosoir quatre fois par semaine contribue à nous tenir en vie. C'est vrai, dans le fond ces plantes, je m'en tamponne. Mais il y a cette petite voix au fond de ma tête qui me dit « il faut arroser » et j'arrose. Si je ne le fais pas, ils mourront et le soleil se couchera alors sur des fleurs desséchées. Ça ferait mauvais effet.


C'est tout de même étrange, le temps qui passe. Un jour on se croit capable de tout et on se bat pour des idéaux, le lendemain des géraniums nous tiennent en vie. Quelle ironie. Je regarde mes mains sur lesquelles se sont posées des tâches de vieillesse par centaines. Les veines ressortent de ma peau trop pâle, toutes gonflées. Je ne parle même pas des tremblements qui les parcourent, ni de la fragilité évidente qu'elles évoquent. J'ai l'impression qu'hier encore j'avais vingt cinq ans. Je levais le poing en l'air comme si je lançais une attaque, je donnais des baffes avec une aisance assez exceptionnelle. Il a suffi d'une nuit pour faire de moi un homme presque mort.


Je m'extrais du fauteuil lorsque le spectacle de la fin du jour se termine. Je m'aide de mes bras qui cèdent presque sous mon poids et j'en suis toujours aussi surpris. Il faut croire que je ne peux pas m'habituer à cette faiblesse qui caractérise maintenant mon corps. Et pourtant, je ne suis pas à plaindre. Nombre de mes amis sont partis avant moi, d'autres ont été gentiment déposés par leurs familles dans des maisons de repos. La reconnaissance des générations qu'on engendre me laisse toujours bien perplexe. Et plus j'y pense, plus je me rends compte que je n'ai pas été un bon fils, moi non plus. Avec le temps, tout devient relatif. On peut enfin comprendre les erreurs qu'on commettait plus jeune. On entasse les regrets, puisqu'on peut difficilement se repentir auprès des défunts ou des années passées. C'est plutôt triste, en réalité.


Je m'installe dans la chaise qui fait face à la cheminée, probablement l'air absent puisqu'il paraît que je suis toujours ailleurs, du moins c'est une des choses qui semblent énerver ma fille. Je regarde ce qu'il reste des flammes et je me souviens du jour de sa naissance. Qui aurait pu croire que le bébé braillant et tâché de sang qu'on m'a mis devant les yeux le jour où ma femme a accouché deviendrait cette avocate de renom ? Pas moi. Mais je pense pouvoir dire que je me suis toujours laissé dépasser par les événements. Je n'ai pas dit un mot le jour où mon épouse m'a annoncé de but en blanc qu'elle voulait divorcer. Ni lorsque ma fille m'a présenté l'homme qu'elle voulait épouser et avec qui elle voulait emménager. Ni même lorsque mon fils m'a jeté à la figure mes quatre vérités avant de claquer la porte. Je n'ai jamais agi pour retenir ceux qui m'étaient chers.


C'était ce que voulait le temps.

Et ce dernier est toujours allé bien trop vite pour que j'ose songer à le rattraper.


Aujourd'hui, je regarde mes vielles mains attraper le soufflet et je voudrais savoir leur pardonner de ne jamais avoir su atteindre les coeurs que je voulais toucher. Je fais de mon mieux pour produire assez de souffle mais mes mouvements sont bien trop cahotiques. Je me laisse choir dans le fond de la chaise, j'halète sous le poids de mes efforts. Quelle petite nature je fais, à présent. Dans un sursaut de volonté, j'empoigne la cendre qui trône sur le béton de la cheminée, au pied des morceaux de bois qui n'ont pas été consumés. J'ouvre les paumes, je contemple ces particules grises et je ricane. C'est tout ce qu'il me reste. Les sarcasmes. Les remords. Les regards en arrière. La solitude. Et les couchers de soleil.


On m'a dit un jour que c'est se laisser tomber qui est enivrant. Alors je lève mes mains et je lance les cendres au dessus de ma tête.


Elles tombent, comme de la neige.

Et je n'ai plus rien, sinon une vie qui s'en va.


A toute vitesse.


Fin.


Par Nao - Publié dans : Histoires.
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Mercredi 4 juin 2008
[Ecrit pour Apo'.]
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Ils avaient quoi, quatorze ans, quinze peut-être. Cet âge où, finalement, quand bien même on s’en défend, on n’a pas encore vraiment quitté le bac à sable, où l’enfance garde farouchement sa place dans les habitudes, dans chaque geste simple, dans chaque éclat de rire. Comment crois-tu qu’un adolescent puisse encore t’ouvrir une porte donnant sur l’arc-en-ciel qui réside toujours dans le cœur des innocents ? C’est cette amie des premiers jours qui rend tout possible et cet âge-là, c’est un âge magnifique, parce qu’elle n’est pas encore partie et que, pourtant, on n’est plus des enfants. C’est un âge magnifique, parce qu’on a tout en même temps. C’est peut-être aussi pour ça que c’est un âge difficile et qu’il y a de nombreuses âmes qui n’arrivent pas à passer au travers sans s’écorcher la peau.


Alors oui, ils avaient quatorze ou quinze ans et, osons le dire, ils avaient l’âge d’oublier d’être adulte. Ils avançaient à tâtons dans un monde qui n’était pas le leur et, c’est vrai, ils se débrouillaient mieux que quiconque. Mieux qui nous, qui étions empêtrés dans ce merdier depuis des années d’acharnement.


Il faut dire aussi qu’ils étaient deux. Parfois ça aide, de ne pas connaître la solitude et ses peines. Ils étaient deux, oui, complémentaires et opposés. Lui, et Elle. On aurait dit des jumeaux, sauf que j’aurais mis ma main à couper qu’ils étaient amants. Cette communion entre eux était si forte que ça devait être complet, tu vois, une sorte de mélange de l’esprit et du corps. La chair et l’âme.


Elle, elle s’appelait Sol. De Solange, je crois. On n’avait gardé que le Sol parce que ce qu’elle faisait ce n’était pas si loin que ça du démoniaque. Mais elle était belle, mon dieu qu’elle était belle... De longs cheveux dorés qui baignaient de lumière son visage fin et ses yeux verts. Une grâce qui ne semblait pas naturelle, comme si elle était sortie d’un rêve. D’un de ses rêves, à Lui.


Lui, personne n’a jamais su comment il s’appelait et on l’avait surnommé Mi. Parce que do, mi, sol, do ça fait un accord, et que le Do c’était la musique, tu vois. Do, mi, sol, do. C’était leur vie et par procuration, c’était aussi un peu la nôtre, en fin de compte. Nos cœurs battaient leur mesure, ou bien c’était le tamtam des mains de Mi qui donnait le tempo de nos pulsations cardiaques, je ne sais plus vraiment. Toujours est-il que, le soir venu, on oubliait que la journée avait été dure et que le lendemain ne serait pas plus fameux.


Pour nous, ce n’était jamais facile, tu sais. Bien loin de là. On suait pendant des heures trop étendues et trop nombreuses à faire un boulot débile pour des firmes géantes dont les logos brillent toujours un peu trop fort. Mais ces deux-là, ils arrivaient et ils s’installaient tranquillement pendant qu’on se mettait autour d’eux et hop, en deux coups de cuillère à pot ils créaient leur monde. A tel point que le fade de nos jours ternes devenait senteur exotique. Comme si chaque seconde avait sa propre valeur, qu’il fallait être heureux d’être là. Un truc de fous, un truc de vivants, elle aurait dit, Sol. Et Mi aurait souri doucement. C’était comme ça qu’ils étaient, tu vois.


La voix de Sol s’envolait dans les airs et je te jure, quand tu l’écoutais tu devenais incapable de te rappeler l’heure, ou même de distinguer le jour de la nuit, quand tu l’écoutais c’était toute la passion recroquevillée entre tes doigts et tu avais l’impression de faire l’amour à ta femme, et tu te souvenais de ce que ça voulait dire de se sentir entier. Tu touchais l’infini du bout des ongles et tu le lacérais parce que tu avais mal de devoir rester là quand les derniers accords de ses doigts venaient mourir dans le corps de sa guitare rafistolée.


En dessous, il y avait la voix grave de Mi qui venait soutenir les échappées belles de celle de Sol. Tu sais, le chant de Sol en soi était merveilleux mais sans celui de Mi, ce n’était plus rien. C’est un truc qu’on avait tous compris, à force de les voir débarquer tous les deux avec leurs notes de musique sous le bras.


C’est pour ça que le jour où Sol est morte, on savait tous d’avance que Mi n’en avait plus pour longtemps non plus. Mi et ses cheveux noirs ondulés qui coulaient sur son visage comme une mer sacrée, Mi et ses yeux noirs mordorés qui te clouaient sur place si jamais tu croisais leur chemin. Mi et sa douleur apparente que seule Sol savait comment refouler. Sol, je crois qu’on l’a tuée à trop drainer son espoir et sa jeunesse, je pense que son âme était déjà décédée depuis quelques temps quand sa respiration s’est arrêtée.


Je n’ai jamais voulu savoir le fond de l’histoire, tu sais. Je n’aurais pas supporté d’entendre la vérité, si ces ragots étaient vrais, s’il y avait bien eu une tournante ou si tout ça ce n’était que pour salir ses ailes, si les types du crime supposé l’avaient vraiment tuée après coup ou si c’est elle qui avait mis fin à ses jours parce qu’elle ne pouvait pas vivre avec la trace indélébile de la souillure sur elle, si c’est simplement le Soleil qui avait trop attaqué sa peau jusqu’à lui ronger l’os, ou alors si c’était vrai que Mi avait découvert son corps lacéré dans un terrain vague ou bien s’il l’avait plutôt trouvée pendue dans sa chambre. Non, je n’aurais rien pu entendre.


Tout ce que je sais, c’est que les veines de Mi ne se sont certainement pas ouvertes par l’opération du saint esprit, ça fait bien longtemps que personne n’y croit plus, à Dieu et à tout ce qui le touche. Non, même que je me souviens de ce soir-là, je l’ai trouvé, il enlaçait sa guitare et il souriait, tu peux choisir de me croire ou non mais moi je te l’affirme, ce soir-là, il souriait et on aurait dit qu’il avait trouvé le secret du monde, vraiment, il avait l’air heureux, je ne l’avais jamais vu comme ça. Alors moi, je l’ai pris dans mes bras, simplement, parce que je ne savais pas quoi faire d’autre et que ça me semblait naturel, juste là, comme ça. Je l’ai pris dans mes bras comme une petite chose chérie et je me suis pris ses quatorze ou quinze ans en pleine poire.


Il n’était pas encore totalement parti, non, il était encore un peu là, rien qu’un peu et je lui ai dit « Pars, mon fils, pars, tu en as bien le droit. Merci pour tout et bon voyage. Bonne fortune. Je t’aime, mon fils. ». Et là, tue-moi si je mens et bon sang non, je ne mens pas, il a cligné de l’œil et il s’est mis à chantonner leur plus belle chanson. Et ses paupières se sont fermées pour de bon, sur l’inconnu de la mort. J’ai pleuré, non je n’en ai pas honte, j’ai pleuré et j’en serais même plutôt fier, j’ai pleuré leur départ et j’ai pleuré leur innocence, j’ai pleuré le manque qu’ils laissaient derrière eux, la tête enfouie dans le cou de Mi qui ne frémissait plus.


Ils avaient quoi, quatorze ans, quinze peut-être, à tout casser. Et c’étaient mes enfants, d’une certaine façon, c’étaient nos enfants à tous. Tout comme ils nous avaient enfantés eux-mêmes, tu sais, la musique est une énormité capable de réaliser tous les miracles et eux étaient des magiciens. Parce qu’ils avaient la passion. Parce qu’ils vivaient et qu’ils nous le transmettaient.


N’oublie jamais ça, inconscient. N’oublie jamais ça. Ne les oublie pas.


Do, mi, sol, do.

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Fin.

Par Nao - Publié dans : Histoires.
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Mercredi 4 juin 2008

Invente-moi un monde.
Je m'y échapperai.

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Tu sais mon amour, cela n'a pas d'importance si tu ne me regardes pas. La seule satisfaction de voir ton sac de cours se balancer sur tes épaules me remplit déjà d'un bonheur possessif. Ne te retourne pas si ça te chante, de toutes façons tu ne peux l'ignorer, je suis derrière toi. Je suis derrière toi. Derrière toi. Je suis toi. - Toi. - Toi. TOI. TO-I. T-OI. - Toi. Mon amour. Tout va bien, ne t'en fais pas, je suis là. Tu presses le pas, je souris. Je sais, tu vas retrouver tes amis. Je ne les aime pas, si cela ne dépendait que de moi, tu ne verrais que moi. Heureusement, il n'y en a pas un pour rattraper l'autre ; je sais que je te conviens bien mieux. Alors ne me regarde pas mon amour, cela n'a pas d'importance. Puisque je suis la seule que tu peux aimer.

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Je sais que nos souffles sont indissociables.

Si tu es mon inspiration, je suis ton expiration.

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Aujourd'hui encore, j'ai posé un cadeau pour toi dans ton casier, un petit carnet avec des mots d'amour écrits sur toutes les pages. A treize heures, quand tu l'ouvres, je suis cachée dans l'ouverture d'une porte pour te regarder, mon amour. Tu es si beau, tu es à moi. Complètement à moi. Tu joues tellement bien la comédie devant les petits merdeux qui t'entourent. Ils osent traîter ce présent de « saleté obsessionnelle » et tu ris avec eux mais je vois bien ton petit air malheureux. Tu pinces ta lèvre inférieure de tes dents avec ce regard indéchiffrable qui te caractérise quand tu réfléchis trop. Comme j'aimerais glisser ma main dans tes cheveux blonds, si tu savais. J'ignore ce qui me retient de faire les pas qui me séparent de toi. Tu sembles tellement perdu mais imagine-toi, imagine-toi, nous aurions pu ne jamais nous connaître. Toi et moi, séparés. Quelle horreur. Quel manque nous aurait alors bouffé les entrailles... Je sais que mon absence t'aurait rendu malheureux. Malheureux à en mourir. Mais je suis là, mon amour. Où que tu sois, je suis toujours là. Rassure-toi.

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Je sais que ton corps n'attend que le mien.

Si tu me fuis, je viens.

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C'est étrange, je ne me souviens même pas de la première fois que je t'ai vu. C'est comme si tes yeux bleus avaient toujours fait partie de ma vie. Je trouve ça rassurant. Tu as toujours fait partie de moi, tu vois. J'aime ça. De cette façon, il n'y aura jamais de déchirure. Nous sommes un. Tu es mien. Mien. - Mien. - Je te suis alors que tu vas traîner en ville. Ta démarche est si belle. Hallucinante. Je ne comprends pas comment un corps peut avoir autant de grâce. Tu es le seul, tu es le seul. Tu es le seul. Tu es venu t'incruster dans ma peau un jour, je ne sais pas quand. Nous étions liés, c'est tout ce qui compte. Nous étions liés, tu es venu, tu n'es plus reparti. Tu es venu, avec évidence. Et j'ai su, j'ai su et je sais, je saurai toujours crois-moi, que tu es le seul. Le seul. Et il n'y a rien d'autre à part toi. Rien. Rien !

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Invente-moi un mot.

Je m'y noierai.

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Je me sens un peu seule dans mes draps. Je rêve de te voir dans mes bras, je sens presque ta peau sur la mienne. J'en crève. Mais je sais que tout cela finira bientôt. Oui, bientôt nous pourrons nous aimer au grand jour, bientôt nous ferons l'amour. J'en suis sûre. Comment en douter quand je vois l'étincelle qui brille dans le fond de tes yeux ? L'aveu va franchir la barrière de tes lèvres et tu me diras enfin « je t'aime ». Il ne peut en être autrement. Je me sens seule dans mes draps mais bientôt tu m'y rejoindras. Il ne peut en être autrement. Tu ne peux pas continuer autrement. Regarde-moi, je te manque. Je te manque tellement, mon amour. Le temps d'être heureux est sur le point de commencer.

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Je sais que ce n'est qu'une nuit un peu triste.

Si tu vis, je crois.

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*

 

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- Hey.

- Hum, salut.

- Embrasse-moi.

- Pardon ?

- ...

- ...

- ...

- Qui es-tu ?

- ...

.

*

 

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Je sais que ce n'est qu'une journée un peu triste.

Si tu attends demain, je serai toujours là.

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Je ne comprends pas pourquoi tu t'en vas, mon amour. Vraiment, je ne comprends pas. J'ai fait tant de choses pour toi, si tu savais. Cela fait combien de temps que j'ai compris que tu étais ma vie ? Je ne comprends pas comment tu peux me faire ça. Tu évites mes regards, tu évites mes attentions. J'ai presque envie de détruire les millions de photos que j'ai prises de toi. Tu vois ? Tu me rends folle, ce n'est pas gentil mon amour. Tu me rends agressive, tu comprends, c'est de ta faute. Tu me rends maladive. Maladive. Maladive. Je te veux dans mon monde, laisse-moi être le tien. Laisse-moi être toi. Laisse-moi... Je ne comprends pas. Je ne comprends pas. JE NE COMPRENDS PAS.

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- JE NE COMPRENDS PAS !

- Mais lâche-moi, bordel !

.

Et pourtant, il n'y a que toi. Que toi. Que toi. QUE TOI. QUE TOI QUE TOI QUE TOI QUE TOI QUE TOI QUE TOI. QUE TOI QUE TOI. QUE TOI. QUE. TOI. QUE. TOI. Q-U-E-T-O-I. Explose-moi. QUE TOI. QUE TOI QUE TOI QUE TOI. QUE TOI. QUE TOI. QUE TOI. QUETOIQUETOIQUETOIQUETOI. Je te déteste. Que toi que toi que toi que toi que toi que toi. Envole-moi. Que toi. Invente-moi tes soupirs, j'apprendrai à y vivre. Que toi.

 

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- Je t'aime.

- Je t'en prie, dégage.

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Et ça, mon amour, crois-moi.

Tu me le paieras.

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Fin.

 

Par Nao - Publié dans : La folie.
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Mercredi 4 juin 2008

[Ecrit pour Colette.]

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Ma montre m'indique cruellement l'heure prévue de ton arrivée. Je sais que tu ne vas pas tarder. Depuis le premier jour, tu as eu l'habitude sempiternelle et désagréable d'arriver avec une dizaine de minutes de retard. Je m'en souviens, la première fois que tu m'as dit « une fille doit savoir se faire attendre », j'ai envoyé valdinguer le sentiment d'impatience agacée que ton absence m'avait insufflé. Je suis un homme qui, par définition, apprécie la ponctualité comme une forme de respect, tu sais. Mais ton petit sourire en coin et ta moue boudeuse étaient simplement adorables. J'ai haussé les épaules en te répondant qu'en effet, j'avais attendu. Et c'était entendu. Depuis, je supporte tes retards comme tes sautes d'humeur. Il a été un temps où tes mimiques suffisaient à m'apaiser. Je l'ai oublié.

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Je déserre le noeud de ma cravate d'un geste agacé. J'ai l'impression d'étouffer. C'est comme si tu m'avais lentement étranglé, depuis toutes ces années. Je n'ignore pas, cependant, être aussi coupable que toi. Est-ce de ta faute si je ne te supporte plus ? Si à chaque page que je tourne du livre grotesque de notre histoire, j'ai l'impression d'avoir déjà tout lu ? Evidemment que non. Et ça fait beaucoup trop longtemps que mes lèvres taisent leur envie enfuite de t'embrasser. Je crains de ne plus savoir comment t'aimer.

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Peut-être étions-nous trop jeunes le jour où nous nous sommes promis l'un à l'autre. Quelle raison donner à cette erreur ? Comment ai-je pu ne pas m'apercevoir de tous ces signes avant-coureurs ? J'étais amoureux, diablement amoureux. Tu étais belle, tu ne voyais que moi. Je croyais ne voir que toi. Je pensais, naïvement sûrement, que ces sentiments perdureraient. C'est si facile de croire en ses propres promesses. Je me rappelle ce « oui » tant attendu sur la courbure de tes lèvres. Ce jour-là, crois-moi, j'aurais pu mourir en entendant les cloches sonner pour nous. Peut-être était-ce simplement un sentiment égoïste. A la cérémonie, mes parents étaient des absents éternels, trop mécontents pour se présenter. Je me sentais si grand d'aller à l'encontre de leur approbation. Mes vingt et un an m'excuseront-il ? Ils m'avaient dit « elle n'est pas faite pour toi » et je réalise à présent que ce n'était pas simplement une question de milieu social. Pendant des années, j'ai pensé ma famille puritaine et accrochée à sa fortune, j'ignorais qu'il y avait d'autres raisons à leur refus. Jusqu'à ce que je me rende compte que nous n'avions pas beaucoup à partager. Et que je ne pouvais plus t'aimer.

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N'est-elle pas terrible cette phrase, mon amour ? Je ne peux plus t'aimer. Ce n'est pas quelque chose que j'ai décidé en cours de route après une énième dispute, ce n'est pas un sentiment écorché vif d'un instant, tu comprends ? Cela n'a rien de passager. Cela n'est pas quelque chose qui peut changer. Je ne peux plus t'aimer. J'ai eu beau essayer. Je ne peux plus t'aimer. Je voudrais que tu puisses avoir une raison de m'excuser. Pourtant, un jour ou l'autre, il nous faut bien ouvrir les yeux. La réalité ne peut pas être pardonnée. Tu sais, mon amour, d'une façon ou d'une autre, je crois bien que je m'en veux. C'est vrai, après tout j'étais le premier à croire, imbécile que j'étais, que toujours n'était pas impossible, qu'on y arriverait. Oh oui, je croyais qu'on y arriverait. Je ne sais pas vraiment pourquoi, je ne sais pas vraiment comment et pourtant, te faire face dès le petit déjeuner me donne des envies désespérées. Je voudrais pouvoir l'ignorer mais cela fait trop longtemps que mes rêves ne sont que de longues fuites au milieu d'un vaste monde, ton vaste monde, toi qui prends tellement de place, tellement de place que j'ai l'impression de ne plus avoir quoi que ce soit qui m'appartienne. Cette désillusion me glace. Mais je ne t'aime plus, mon amour, je ne t'aime plus et en regardant l'heure, je me rends compte qu'il n'y a plus nulle part où fuir.

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J'imagine ton visage, je me souviens de la première fois où je t'ai vue. Il a suffit que je voies tes cheveux blonds aux reflets blancs, l'éclat de tes yeux noisette, la courbe de tes reins et déjà, je les voulais pour moi. Il fallait que je fasse tout pour ça. Il n'y avait que toi. Quand tu as posé ta tête sur mon épaule, je crois que je me suis senti vivre, comme jamais auparavant. Je me souviens de tous nos moments de bonheur, toujours beaucoup plus nombreux que nos moments de doute et c'est douloureux, tu sais. Plus j'y pense, plus je voudrais effacer ce désir d'ailleurs qui me dévore. J'aimerais que tu puisses me sauver mais j'ai compris que tu ne pouvais plus rien faire. Pourtant, quand je te regarde, je vois si bien que tu m'aimes encore, on pourrait croire que ça m'attacherait à toi mais j'ai encore plus envie de m'en aller. De me libérer. Mon amour, je ne peux même pas dire que tu m'emprisonnes. C'est juste ta présence qui m'empoisonne.

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J'entends la poignée de la porte grincer sous la pression de ta main, je connais si bien cette scène. Dans une poignée de secondes, tu vas apparaître dans l'embrasure de la porte et je vais te trouver belle. Terriblement belle. J'aurais peut-être envie de toi en plongeant mon regard sur ta gorge découverte par tes décolletés affriolants, mais je n'aurais plus envie de faire semblant de t'aimer. Et cette fois, mon masque va tomber.

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C'est triste, tu vas sûrement pleurer.
J'en suis vraiment navré.

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Fin.

 

Par Nao - Publié dans : La rupture.
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Mercredi 4 juin 2008

[Ecrit pour Agathe.]


        Il s’est assis au bord de la falaise.


                                            D’abord, il y a le vent. Son brouhaha assourdissant et son écho qui s’enfuit mourir on ne sait où. Sa fraîcheur et son omniprésence, tout son lui qui te prend comme si tu n’étais rien et tu te sens petit et sans importance. Ta présence, il s’en balance. Tes états d’âme, il s’en balance. Tu peux arrêter de respirer, tu peux lâcher prise et aller rencontrer les rochers trente mètres plus bas dans l’abîme qui prend place sous tes pieds, tu peux même crier si tu veux, jamais le vent ne t’entendra. Pour lui tu n’existes pas, dans l’infini qui lui est à portée de souffle, tu n’as pas consistance, tu n’as pas conséquence. Pour lui, tu n’es qu’un microbe anonyme parmi six milliards d’autres de ton espèce, une misérable et dérisoire brindille dans le champ le plus immense de toute l’histoire. Il est mystique, ce vent. Il a traversé le monde et le temps. Tu ne sais pas d’où il vient et tu lui donnes des accents de partout. Tu le sens et tu lui trouves des senteurs riches du Maghreb, des grains de sable du désert de Gobi, des amours tropicales de l’Equateur. Tu cherches et tu devines même les failles des buildings de Manhattan, les gelures meurtrières des pôles, les cris des Albatros, ceux qu’on appelle les rois des océans. Ce vent a traversé le monde, oui, et toi qui ne verras jamais qu’un dixième de ton propre pays tu aurais eu tant à apprendre de lui, si seulement tu avais eu le temps.


                                                              Il s’est assis au bord de la falaise.


         Ensuite, il y a ton cœur. Ses battements tantôt trop faibles, tantôt trop forts, ses impuissances et ses tourments, ses détours et ses égarements. Il a oublié comment battre, il a perdu le rythme et ne sait plus s’il doit suivre les tambours ou les murmures. Tu dis que le vent a soufflé si fort qu’il a insufflé de l’air entre deux valves sanguinolentes. Tu souris puisqu’alors s’il s’embrouille parfois c’est surtout qu’il décolle. Il n’a pas plus vécu que toi, lui, il est là depuis ta naissance et il a grandi avec toi. Il a toujours été trop petit, pâlichon, maigrelet, mais tu veux bien lui pardonner, ça fait dix-sept ans que vous êtes ensemble et personne ne peut briser ce lien. Tu sais qu’un jour qui se rapproche à grands pas vous allez mourir, c’est inévitable. Ton corps et bien trop lourd pour qu’il puisse le supporter, la vie est bien trop grande et trop riche pour qu’il puisse l’affronter. Pourtant tu ne lui en veux pas, à ce cœur qui est le tien. Tu lui racontes les histoires du vent que tu ne comprends qu’à moitié et le pauvre fait ce qu’il peut pour répondre à tes émotions. Boom, j’aurais bien aimé voir ça. Boom, c’est quand même dommage de mourir sans avoir fait ça. Boom, excuse-moi. Boom, devant nous c’est l’immensité et j’ai peur de m’y plonger. Tu aurais eu tant à apprendre à ce cœur effrayé de vivre, si seulement vous aviez eu le temps.


         Il s’est assis au bord de la falaise.


                                                                                                                                                                     Enfin, il y a l’Océan. Il va de paire avec le vent et tu ne sais comment lui parler ou bien même s’il t’écoute. Tu voudrais l’atteindre mais ignores comment l’approcher. Tu tâtonnes dans l’immatériel et ne l’y trouves pas, pourtant tu jurerais qu’il est partout, cet Océan qui ramène avec lui des milliards d’existence, des milliers de comptes de fée et tout autant de drames. Tu le sais, cet Océan chérit en son sein les larmes des hommes et les richesses du corail, des souvenirs qui s’effacent partout ailleurs, le secret de l’Atlantide et ses enfants égarés. Pendant que tu le cherches dans tous les endroits où il n’est pas, l’Océan te regarde, assis au bord de ta falaise, et semble se demander quand tu vas enfin te décider à venir le rejoindre. L’Océan ne t’attend pas, puisqu’il sait qu’un jour ou l’autre tu viendras à lui et qu’il t’emportera. Le ciel tu t’en fous, c’est dans l’Océan que tu veux voler de tes ailes aquatiques, c’est sur l’Océan que tu veux voler de tes ailes de plumes de pan, c’est sur ses vagues que tu veux oublier qu’il y avait un avant et des gens que tu aimais ou que tu aurais pu aimer. Alors tu appelles l’Océan, en ignorant qu’il te connaît depuis longtemps et que c’est ton nom qu’il murmure comme un amant. C’est sûrement étrange d’avoir aussi peu peur de sa mort, mais l’heure approche et tu sais bien qu’avec lui tu auras enfin le temps.


                                       Il s’est assis au bord de la falaise.


         Tu as mal. - Boom ? - L’après et l’avant se mélangent. Tout se brouille. Tu ne sais plus ce que tu dois regretter ou espérer. Tu as mal à en crever, d’ailleurs tu en crèveras bientôt. Le vent fouette ton visage sauvagement, ton cœur rate une poignée de battements et tu suffoques. L’Océan s’abat sur les rochers dans un vacarme de gouttes d’eau, déchire tes tympans. Tu as mal, le temps semble figé dans ces secondes en suspens, gelé dans cette émotion à fleur de peau. Tu as mal et tu restes là les nerfs à vif, comme si tout en toi n’était que douleur. Douleur. - Boom… - Tu trembles dans la morsure de la brise presque polaire. Ton regard oscille entre le ciel et l’Océan, se perd sur l’horizon. Tu te sens partir et pourtant tu ne bouges pas. Tu entends ton cœur combattre vainement comme un forcené mais la bataille est d'ors et déjà perdue. Ta respiration ne tient plus la route et l’air semble prendre la poudre d’escampette. La vie met les voiles de ton corps et tu ne peux rien faire pour la retenir. Le soleil se cache derrière un nuage comme pour détourner le regard. L’Océan, lui, se prend pour un acrobate en s’explosant sur les hauteurs. L’éphémère se transforme en éternité, tu t’élances à tire d’aile à la rencontre du temps. Tu as le tournis, tu vacilles vers le vide, ton corps se penche en avant…


Il s’est assis au bord de la falaise…


Et Dieu seul sait s’il volera.


Fin.


Par Nao - Publié dans : La mort.
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Mercredi 4 juin 2008

[Ecrit pour Tim.]

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« Un jour, j’vous l’promets, on ira voir Philadelphie et ses palmiers, on regardera le soleil se lever sur la plage et on fermera nos paupières pour graver cette image éternelle. Promis, ouais, on ira boire des bières sous le vent et on s’saoulera à l’air comme à la boisson, on s’ra ivre d’être là-bas, enfin, on s’ra ivre de s’sentir dériver, on s’ra ivre d’être vivants.
Ouais, un de ces quatre, j’vous emmènerai voir Philadelphie. »

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Voilà ce qu’il disait, le vieux Samuel, à tous les sales gosses de sa bande de morpions qui gobaient ses mots comme la sainte parole. Faut dire qu’ils n’avaient que ça comme religion, ces pauvres gamins laissés pour compte, orphelins ou enfants abandonnés, rejetés de la société. Il n’y avait que ce brave Samuel pour leur tendre une main aimante et leur souffler quelques grandes idées de vie, histoire d’avoir un but dans ce monde cinglé d’adultes.

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La rue c’était la jungle pour eux, entre les caïds, les armes à feu sous le bras, la poudre blanche et la prostitution. C’était comme une guerre civile cachée entre quatre immeubles, le monde d’en bas en autarcie n’avait que ça pour faire semblant de pouvoir se débrouiller tout seul et s’enfonçait dans la terreur. A défaut d’apprendre à grandir, les gosses se tuaient à survivre.

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A repenser à tout ça, là, arrivé devant cette croix blanche impersonnelle, je me rends compte que j’ai oublié avec le temps que j’en faisais partie, de notre gang de rescapés, comme on disait fièrement, que l’endroit d’où je viens c’est le gigantesque taudis de cette enfance maudite et que j’ai toujours eu la main de Samuel derrière moi pour me faire avancer.

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J’avais quoi… six ou sept ans à l’époque, quelque chose comme ça. Lui devait en avoir vingt, à peu de choses près, ce gaillard qui m’avait repêché au fond du puits où je m’étais fourré. On avait déjà fait un bout de chemin ensemble quand une balle a arrêté notre course. A trop défendre les autres, je suppose qu’on finit par oublier de se protéger soi-même. La balle, c’était Louis qui aurait dû se la recevoir en pleine tête, mais Samuel en avait décidé autrement.

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Il est mort comme ça et nous, on a filé sans demander notre reste. C’était peut-être un peu salaud de notre part de l’abandonner mais le revolver était toujours chargé et aucun d’entre nous ne tenait à crever aussi. Et v’lan, la page était tournée, on se sentait grand de ne pas pleurer.

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Sans chef, on s’est éclaté en plusieurs groupes, jusqu’à se perdre totalement les uns les autres. Je n’ai aucune idée de ce qu’ils ont bien pu devenir, tous ces petits camarades de galère. Ça fait un sacré bail, ma foi.

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Alors voilà, parce qu’il était temps comme on dit, maintenant que j’ai quarante-trois piges et un costard cravate bien propre, je suis venu rendre un hommage au type qui a sauvé ma misérable existence de la dérive de cette connerie monumentale.

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A présent que j’ai vu Philadelphie, même si c’était en solitaire, je crois que je ferais bien de lui rendre des comptes. Parce qu’à coup sûr, il ne l’avait jamais vue, Philadelphie. Et pourtant, je me souviens encore de sa voix calme qui disait, un peu rêveuse…

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« Putain, les gamins, vous verrez comme c’est magnifique et gigantesque, comme c’est grandiose et génial, cette ville est démente et on s’y sent petit, tout petit, minuscule même, un simple petit point perdu entre les grattes ciels. Vous savez, là-bas, on s’ra riches, on s’ra beaux, on s’ra propres, on pourra rire sans avoir peur d’être entendus par c’connard de Milo qui fait sa loi ici. On n’aura plus à avoir peur de rien, putain. V’nez ici sales gosses que j’vous sente prêts de moi, voilà, comme ça.
On se baignera sous l’énormité du bonheur qui nous coulera dessus gaiement.
Et alors, on vivra. »

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Toujours vivre. Et voilà, c’est lui qui est mort et c’est moi qui ai voyagé. On ne pourra pas dire qu’il a loupé mon éducation, j’ai bien suivi ces préceptes. Sauf que tout n’était pas aussi beau qu’il le disait, il faut bien le dire.

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Je voudrais lui dire merci, à cette tombe de bois blanc ridicule qui me nargue depuis tout à l’heure alors que je sens ma gorge se resserrer toujours un peu plus. Bye bye amigo, j’avais ça sur le cœur depuis trente ans, ça me pesait un peu. Bye bye mon frère, je n’avais que toi et c’est bien grâce à ton souvenir que je suis là aujourd’hui. Bye bye mon père, sois tranquille. Je l’ai vue, ta Philadelphie.

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Juste un truc à te dire… Parce que je crois que tu t’es bien foutu de notre gueule avec tes rêves à la noix. Je t’imagine pointer ton doigt au hasard sur la gigantesque mappemonde qu’il y avait chez Milo et tomber sur cette ville. Mais je ne t’en veux pas, parce que grâce à ça, il faut bien l’avouer, j’ai eu envie de vivre, quand tu es mort, j’ai eu envie de vivre et non pas de survivre, d’arrêter cette mascarade et de faire tomber les masques. Mais simplement…

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« Tu nous auras bien eu, hein, Samuel ? Tss, quand j’y pense, quelle déception c’était. Allez, il est temps que tu le saches… Y’a jamais eu de palmiers à Philadelphie. »

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Je n’ai réussi à dire que ça, finalement, et les larmes coulent maintenant le long de mes joues, alors que je le laisse, là, imaginer la mer sous le soleil et le bruit des vagues qu’il n’aura jamais entendu.

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Ciao, Samuel.

Ciao.

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Fin.

 

Par Nao - Publié dans : Histoires.
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Mercredi 4 juin 2008

All we shared was a mattress, and a lie, and an address
Baby I don’t need you, well baby I don’t need you
Once occupied by a goddess, now it’s a room full of boxes
She said, “it’s time to leave you” but baby I don’t need you!

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Tout ce qu'on a partagé étaient un matelas, un mensonge et une adresse.
Bébé, je n'ai pas besoin de toi, ouais bébé, je n'ai pas besoin de toi.
Auparavant, c'était une chambre occupée par une déesse, maintenant elle est pleine de cartons.
Elle a dit « il est temps que je te quitte » mais bébé je n'ai pas besoin de toi !

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C'est vrai, on n'avait jamais vraiment l'occasion de se voir. J'avais certaines priorités derrière lesquelles j'étais obligé de la faire passer. Les concerts, les enregistrements, la vie du groupe ou plus simplement ma vie de star me prenait la majeure partie de mon temps. Je ne pouvais pas me permettre de l'avoir tout le temps à mon bras ou de la laisser rester derrière moi. Les règles avaient été claires depuis le début. Depuis qu'on s'était mis ensemble, en fait. Depuis le jour où je l'avais considérée comme la femme de ma vie. Il faut le dire, j'étais naïf. Jeune et con. On connaît la chanson.

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- Je ne pourrai pas être là tout le temps.
- Je le sais bien, Paul.
- Tu es sûre ? Je suis occupé les trois quarts de l'année par le groupe. Ce n'est pas de la rigolade. Parfois, je n'aurai pas de temps pour toi. Trop souvent, même. J'en suis désolé d'avance.
- Tu m'aimes ?
- Non, je ne t'aime pas. C'est bien pire. Je suis dingue de toi.
- Alors c'est bon.

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Mes mises en gardes se sont terminées sur le lit de la chambre luxueuse de l'hôtel où je l'avais amenée. Ça faisait quelques mois seulement qu'on se connaissait, vu qu'elle travaillait dans la succursale américaine de notre maison de disques et qu'on avait enfin commencé à y décoller sérieusement. Quelques mois qu'on s'échangeait de longs regards lascifs et désireux. Imaginez-vous son corps de déesse, 85(C)-55-85, de longs cheveux blonds et une peau au teint légèrement hallé, la plus douce que je n'avais jamais touchée jusqu'alors. Elle avait vingt-deux ans, j'en avais tout juste vingt et j'étais impressionné par ses mini-shorts révélateurs. Mon frère s'en amusait d'ailleurs sacrément et me narguait pour toutes les fois où je l'avais traité d'obsédé lorsqu'ils me racontaient ses conquêtes. « Nous ne partageons pas le même sang pour rien, hein ? », se moquait-il avec un mouvement du sourcil et de la langue obscène. Mais imaginez-vous sa beauté phénoménale et essayez de comprendre pourquoi je ne pouvais plus voir qu'elle et ses yeux bleu clair. Oserais-je le dire, et ses fesses rebondies. Et ses seins, mon dieu sa poitrine, j'aurais pu me damner pour la toucher et elle s'est offerte à moi dès que je lui ai demandé.

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Je lui ai fait l'amour dans cette chambre et j'ai découvert sur son corps tout ce que je n'avais jamais pensé y trouver. L'Himalaya, les Pyrénées, les chutes du Niagara, la tour Eiffel, la Sibérie, Manhattan, l'Islande et ses geysers, les pyramides d'Egypte, Pompei, oui, j'ai senti tout ce qu'il y a de beau à voir sur les lignes de ses courbes et j'ai su que je ne pourrais plus me passer d'elle. Même si ma vie continuait, il y avait quelque chose de différent. Quelque chose qui valait bien tout mes détours, mes tours du monde en trente jours. Trente shows. Quelque part où rentrer. Ses hanches, ses jambes, ses pieds, ses mains, ses yeux, ses seins. Ses poignets, ses reins, sa nuque, ses chevilles, ses doigts. Tout. Tout. Je ne voyais qu'elle. C'est pour cela qu'un mois plus tard, nous emenagions déjà ensemble à New York. Amoureux fou, je l'étais. Et je croyais, idiot, qu'elle l'était aussi.

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In a perfect world, her face would not exist
In a perfect world, a broken heart is fixed
In a perfect world, I’d see no therapist
In a perfect world, this wouldn’t make me sick

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Dans un monde parfait, son visage n'existerait pas.
Dans un monde parfait, un coeur brisé se réparerait.
Dans un monde parfait, je n'irais pas voir un psy.
Dans un monde parfait, ça ne me rendrait pas malade.

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Ça fait trois mois qu'elle a rompu et pourtant, j'ai l'impression que c'était hier. La boule coincée dans ma gorge ne semble pas vouloir désenfler. Je vois notre vie à deux partout sur les murs et ça me gave, ça me gave. Je n'ai pas encore eu la force de jeter tous les souvenirs qui traînent par-ci par-là. Tout ce qu'on a pu acheter ensemble, tout ce qu'on a aimé ensemble. Les films qu'on a regardés, les photos qu'on a prises, les sourires qu'on s'est échangés. Ça me hante, ça me hante, ça me saoule et je m'y enivre. Il y a son odeur dans les coussins posés sur le canapé et quelques restes de ses produits de beauté dans la salle de bain, ses céréales spécial K dans le placard de la cuisine – je trouve ça dégueulasse -, un de ses foulards qu'elle a sans doute oublié sur le portemanteau de l'entrée. Ça me gave, vraiment, ça me gave. J'ai son existence sur le bout des lèvres et ce n'est pas l'envie de la vomir qui me manque mais je n'y arrive pas, je ne veux pas.

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- Je pense qu'il est temps que je te quitte, Paul.
J'ignore pourquoi mais ses mots ne veulent pas me quitter, eux.

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I never got the whole story, not ‘till after she left me
Baby I don’t need you, well baby I don’t need you
Word on the street is she fucked him, while we were playing in Cleveland
Well baby I don’t need you, you’re fading in my rearview

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Je n'ai jamais eu le fin mot de l'histoire, même après qu'elle m'ait quitté.
Bébé, je n'ai pas besoin de toi, ouais, bébé je n'ai pas besoin de toi.
La rumeur dit qu'elle baisait avec lui pendant qu'on jouait à Cleveland.
Bébé, je n'ai pas besoin de toi, tu t'effaces dans mon rétroviseur.

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Depuis qu'elle est partie, les langues se sont déliées. C'est mon chanteur, Chris, qui est venu me parler en premier. Il avait l'air gêné et désolé, il m'a dit « maintenant que c'est fini tu sais, je me sens soulagé ». Tout ça pour m'avouer qu'elle lui avait fait des avances, mais qu'il les avait refusées, bien entendu. Il ne fallait surtout pas que j'aille croire ce que d'autres pourraient me dire, je lui faisais confiance, pas vrai ? Je n'ai même pas trouvé la force de lui crier de dégager de notre, non, de mon appartement. Ça se dit un ami et ça vous pique votre copine dès que vous tournez le dos ? Je l'ai haï, dans un premier temps. Et j'ai fini par comprendre que je m'étais fait enculer jusqu'à la garde. Pardonnez-moi l'expression mais c'est bien ma situation. C'était peut-être surtout quand mon frère est venu avec son air de je-suis-le-roi-du-monde pour me dire que mon ex était une belle chaudasse. Que soit disant, à chaque fois qu'on jouait un concert en Amérique, c'est-à-dire, dès que je regardais ailleurs, elle s'amusait à aller coucher avec le premier venu. Et que mon frère était souvent à côté d'elle dans ces moments-là. Ça aurait pu passer pour de la détresse, à bien y regarder. « Mais c'était juste une salope. ». Jolie conclusion, mon frère.

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Je pensais que tourner la page serait plus facile que cela. Qu'il suffirait de mettre un pied devant l'autre, que le reste se ferait automatiquement. Non, je n'imaginais pas qu'elle me laisserait aussi seul et désoeuvré sans elle. Que nos corps à corps me laisseraient un goût si amer en bouche et l'envie irrémédiable de retrouver l'intense folie de ses cris. Que nos coeur à coeur me laisseraient ce besoin stupide de pleurer alors que je n'ai plus de larmes. Que je me sentirais aussi perdu. Voilà, perdu. Notre histoire se déverse sur les lignes de mes mains sans que je n'y comprenne rien. Je ne peux pas supporter l'idée de me dire que tout n'était que mensonge. Qu'elle ne m'attendait pas sagement à la maison, qu'elle ne dépendait pas de moi, qu'elle... qu'elle ne m'aimait pas. Je voudrait tant que tout soit différent.

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In a perfect world, her face would not exist
In a perfect world, a broken heart is fixed
In a perfect world, I’d see no therapist
In a perfect world, this wouldn’t make me sick

.Dans un monde parfait, son visage n'existerait pas.
Dans un monde parfait, un coeur brisé se réparerait.
Dans un monde parfait, je n'irais pas voir un psy.
Dans un monde parfait, ça ne me rendrait pas malade.

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Je me fais suivre par un psy depuis trois semaines. Deux séances par mois pendant un an. Soit deux fois douze fois soixante dix huit dollars, s'il vous plaît Paul. Mille huit cent soixante douze dollars de connerie. Je suis une véritable mine d'or pour ce charlatan. Je sais que ça ne m'aidera pas mais au moins, ça rassure le reste du groupe. « Tu comprends, tu nous inquiètes. » Ouais, ouais. Tout ça parce que vous êtes tous passés sur la fille dont j'étais dingue. Dingue. Dingue. Dingue. Dingue !

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Oui, dans un monde parfait, je n'en serais pas rendu à cet état végétatif et désespéré. Mais figurez-vous que j'ai les pieds ancrés dans la réalité.

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She pulls the trigger until the gun goes click!
She pulls the trigger until the gun goes click!
In a perfect world, her face would not exist
In a perfect world, this wouldn’t make me SICK!

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Elle appuie sur la gâchette jusqu'à ce que le révolver tire !
Elle appuie sur la gâchette jusqu'à ce que le révolver tire !
Dans un monde parfait, son visage n'existerait pas.
Dans un monde parfait, ça ne me rendrait pas MALADE !

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Je n'en peux plus, tout simplement. Plus. Je regarde à gauche, j'imagine sa main me guider. J'essaie à droite, je vois le bout de son décolleté. Je ferme les yeux et je crève de sa trahison. Des mots auxquels j'aurais voulu croire, jusqu'au bout. Qu'on me montre du doigt, je n'en ai plus rien à balancer, je voudrais juste qu'elle vienne s'expliquer. Pour que je lui rie au nez. Je ne peux pas lui pardonner, non, je ne peux pas lui pardonner d'avoir ruiné toute la confiance que je ne pourrai plus jamais accorder, à aucune femme. Je la hais d'avoir détruit ce que j'avais constuit. Quelques mois pour vingt ans et tout a changé. Je ne me reconnais plus dans le miroir, je ne vois plus celui que j'étais et celui que je suis devenu me débecte.

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Laissez-moi revenir en arrière, et je ne tomberais plus jamais amoureux d'elle.

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Control-Alt-Deleted
Control-Alt-Deleted
Reset my memory!

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Contrôle-Alt-Supprimer
Contrôle-Alt-Supprimer
Contrôle-Alt-Supprimer
Effacez ma mémoire !

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Je voudrais comprendre ce qu'elle m'a fait, de quel charme elle a pu user pour me rendre aussi dépendant de sa chair. Je voudrais replonger en elle pour oublier qu'il y a un lendemain, un lendemain où elle se moque ouvertement de mes rêves de gamin. Et où elle brise en claquant des doigts tout ce qui me donne envie de me lever chaque matin.

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- Je pense que jamais au grand jamais je n'aurais pu t'aimer.
- Hein ?
- Non, vraiment. Tu me fais rire, tu sais.
- Qu'est-ce que tu as ?
- Je pense qu'il est temps que je te quitte, Paul.

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J'aimerais pouvoir dire que ce n'est qu'une erreur de parcours. Mais ses paroles ne quittent plus mon âme et ma rancoeur me grignotte le cerveau. Ma tumeur s'appelle Salope, elle a vingt trois ans à présent, des cheveux blonds comme les blés et des mensurations parfaites. Ma tumeur m'a rongé, je suis presque mort. J'agonise, regardez j'agonise de toute cette connerie. Effacez ma mémoire, effacez ces mois où je pensais toucher le bonheur. Ce n'est pas tant ce que je ressens maintenant qui est douloureux, c'est de savoir que pendant si longtemps j'ai considéré comme réel un amour mensonger. Une fourbe duperie. « Une sacrée salope, ta blondasse. » Une salope qui m'a pourri jusqu'à la moëlle de mon envie d'elle.

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In a perfect world
In a perfect world

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Dans un monde parfait.
Dans un monde parfait.

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Elle m'a tué et mon sang dégouline sur les murs. Personne ne le sait aussi bien que moi mais c'est sa main qui a appuyé sur la détente, c'est à cause d'elle que le dieu Paul s'écroule. Elle m'a tué et je dessine des dessins abracadabrantesques avec les morceaux épars de tout ce qu'il reste de moi. Elle m'a tué et l'air que je respire m'étouffe. Je m'étrangle à trop me souvenir. Je suffoque à trop savoir ce qu'elle m'a fait. J'agonise à trop me rappeler la foi sans borne que j'avais pour elle.

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Elle m'a tué, putain.
Elle m'a tué.

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[...]
She pulls the trigger until the gun goes…

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[...]

Elle appuie sur la gâchette jusqu'à ce que le révolver...

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Fin.

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[La Chanson est  Perfect World, de Billy Talent.]

Par Nao - Publié dans : La détresse.
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Mercredi 4 juin 2008
[A la demande d'Harmo.]
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Elle marchait à l’aveuglette, à mettre un pas devant l’autre les yeux à demi clos, à s’hasarder à parier la distance à laquelle serait le prochain mur qu’elle se mangerait. Elle avançait, mais le monde où elle s’égarait était vide. Ça se voyait dans la lourdeur de chacun de ses mouvements, comme s’ils n’avaient de cesse d’aboutir et qu’une force étrange les retenait enchaînés à cette terre de néant où plus personne ne se remarque. Quand je l’ai vue, j’ai cru qu’elle avait bu tellement ses jambes flanchaient au moindre de ses pas. J’ai pensé qu’elle allait s’écrouler en voyant ses ballerines s’écraser comme des crêpes et ses chevilles faire des angles douteux à quatre-vingt dix degrés.

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On était sur une rue piétonne dont j’ai oublié le nom, dont je n’ai sûrement jamais su le nom d’ailleurs, tout comme je n’aurai jamais l’occasion de savoir le sien, à présent. On était sur une rue piétonne mais je crois bien qu’elle était déserte, en tout cas il n’y avait que sur elle que mes yeux arrivaient à se poser, et les devantures aux néons multicolores semblaient bien pâles devant le noir de ses guêtres.

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On aurait dit une danseuse. Une danseuse brisée.

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Elle était habillée tout en noir, sauf ses collants qui juraient dans l’obscurité de sa tenue et les divagations lugubres de sa silhouette dont les contours s’usaient sous mon regard perçant. Des collants rouge délavé qui me guidaient dans cette rue que je ne connaissais pas et dont les pavés claquaient sourdement sous mes santiags. J’aurais voulu ne jamais quitter son sillage mais je sentais qu’elle m’échappait, aussi vrai que tout est éphémère. Je savais qu’elle allait s’évanouir et rentrer dans je ne sais quelle piaule coincée dans une minuscule ruelle perpendiculaire, qu’elle allait pousser la porte de son taudis ou de son palace et que je ne la reverrais plus. Alors en attendant, je me saoulais au chant apocalyptique de sa fuite désemparée, aux cris bercés de mes murmures que ses pieds toujours plus las de rencontrer le sol laissaient échapper.

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Je la suivais dans l’ombre de la nuit tombée et je n’avais besoin d’aucune lumière, le khôl qui avait coulé sur le bord de ses yeux aurait suffi à éclairer une ville entière. Je voyais bien qu’elle souffrait mais pour rien au monde je ne l’aurais consolée, puisque c’était cette douleur sans foi ni loi qui la rendait si belle, si émouvante. Je la suivais et mes mains neurasthéniques s’épouvantaient de ne pouvoir la saisir comme il l’aurait fallu, avec la tendresse des plaies refermées.

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On aurait dit un souvenir. Un souvenir intangible.

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Elle ressemblait à un de ces papillons que de vieux hommes s’évertuent à collectionner, dans l’ennui des jours sans fin qui les mènent le long d’une marche funèbre vers l’heure de leur départ pour l’autre monde, en supposant qu’il existe. Elle avait encore le trou sanglant de l’épingle assassine qui l’avait traversée de part à part, l’empalant au milieu de centaines d’autres beautés semblables, aux ailes figées de leurs couleurs psychédéliques.

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Mes yeux m’ont dérangé dans ma contemplation attentive et j’ai dû cligner des paupières, juste un instant, juste une fois, et elle n’était plus là. J’ai entendu une porte grincer, les joints rouillés faisant des siennes, sans avoir le temps de voir se glisser dans l’entrebâillement de la plaque de fer les ondulations de sa jupe. J’ai soupiré avec résignation devant le sort qu’on jette aux rencontres, dans le seul but de les rater et de s’enticher de nos remords. Je ne la connaîtrais jamais, c’était moi qui l’avais voulu et c’était complètement stupide.

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La lune était bien ronde ce soir-là. Les yeux rivés sur elle, je me consolais comme je le pouvais, me persuadant qu’une fille comme elle n’avait sûrement pas besoin d’une âme torturée accrochée à sa misère, quand un voile déchiré, un voile déchirant a zébré le ciel.

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On aurait dit un oiseau. Un oiseau libéré.

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Je me suis demandé qui avait bien pu ouvrir sa cage, qui avait osé la condamner à mort, qui avait pris soigneusement le temps auparavant d’arracher chacune de ses ailes, avec patience, avec sadisme. J’aurais voulu la rattraper, moi qui n’avais jamais su sauver personne, pas même moi. J’aurais voulu pouvoir pleurer, mais je l’ai regardée froidement, comme quelques minutes plus tôt, passivement. J’aurais voulu pouvoir hurler, à m’en déchirer les cordes vocales et que j’en souffre vraiment, pour une fois.

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Elle s’est écrasée sur le bitume.

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A mes pieds.

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Fin.

Par Nao - Publié dans : La mort.
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