[Ecrit pour Julia.]
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Au milieu de la foule, tu te tiens immobile. Tu as presque l'air mort, tu as presque l'air vide. Seuls tes yeux osent trembler. Deux orbes claires maladives sur le point de s'éteindre. Deux opales qui, à la place de ta bouche incroyablement muette, voudraient geindre. Les lumières s'éteignent et tu as envie d'hurler mais ne dis pas un mot, ne laisses échapper aucun souffle. Il faut que tu te taises, à quoi bon des mots, à quoi bon ces troubles fêtes, ton coeur te rappelle à chaque instant que tu en crèves alors pourquoi ? Pourquoi ? Il est si tard maintenant.
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Tu lui serres la main si fort que tu pourrais la broyer d'un instant à un autre. Tu n'y penses pas. Tu ne penses pas à ce qu'il se passe maintenant, tu ne penses pas que la fête est réussie, que les lumières sont belles et que les gens ont l'air heureux. Tu ne penses pas qu'aujourd'hui est un jour qui brille d'un éclat différent de ceux des autres, tu ne penses pas qu'aujourd'hui des enfants déballent leurs cadeaux, tu ne penses pas que les amoureux se tiennent la main sous leurs sapins. Tu n'essaies même pas, tu sais que tu n'y arriverais pas. Tu penses plutôt qu'il est tard, si tard. Tu penses que demain arrivera trop vite, et avec lui le soleil et sa lumière tellement vive, tu penses que tu ne voudras plus le voir. Tu penses que la main que tu tiens dans la tienne va t'être arrachée. Tu penses aux larmes qui vont couler, à la douleur d'un sentiment inachevé. Tu penses à l'année qui va se terminer sans elle, et à celle qui commencera sans elle. Tu penses à toutes ces années, tous ces jours, toutes ces heures, toutes ces minutes, toutes ces secondes sans elle. Tout ce temps que tu vas devoir vivre. Sans elle. Il est si tard maintenant.
Sur la scène, quelqu'un vient. Une silhouette s'assoie sur le tabouret, au bord du gigantesque piano. Tu es trop loin pour distinguer son visage et tu ne vois pas l'air appeuré qui s'est installé sur ses traits, comme un enfant devant l'immensité. Pourtant ses mains se posent sur le clavier. Les premiers accords retentissent, quelqu'un oublie de respirer. Le rythme de la musique s'impose comme les battements d'un coeur.
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Elle tient ta main dans la sienne. Elle te regarde fixement. Tu es si droit, tu sembles contempler un souvenir au loin. Ailleurs. Elle te regarde et elle écoute. Ton silence et cette musique. Ses cheveux cachent son visage et ses larmes. Elle ne pense pas que demain arrivera vite. Elle pense que ce soir est le dernier soir, la dernière fois. Elle ne parvient pas à s'en empêcher, ni à retenir les regrets, tous les « si » qui viennent tenter une escapade dans son esprit. Il est si tard maintenant.
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Le chant des notes s'envole. Perds-toi et reviens-moi. Ecoute. Ecoute. La musique pleure. Elle serre sa main dans la tienne, comme si vos deux paumes allaient se fondre l'une en l'autre. Elle te dit que rien n'est grave, elle voudrait te le faire croire. Qu'il suffira d'écouter ce morceau pour vous retrouver. Qu'il existera toujours une façon de se revoir. Elle veut y croire. Tu ne dis rien. Il est si tard maintenant.
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Tu ne penses pas que tu peux toujours voir ses larmes même si elle voudrait te les cacher. Tu ne penses pas qu'elle est belle. Tu ne penses pas qu'elle te manquera. Tu penses qu'elle te manque déjà. Tu ne penses pas que tu es heureux de l'avoir recontrée. Tu penses que demain, on te l'enlèvera.
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Elle dit que cette musique est un hymne à votre éternité. Tu ne penses pas qu'elle ferait mieux de se taire. Tu penses qu'elle peut pleurer autant qu'elle le souhaite. Tu penses que cette musique est un hymne à rien du tout, un long déchirement, une blessure mortelle contre laquelle ton coeur explose. Et tu ne dis toujours rien. Il est si tard, maintenant. Bien trop tard.
.Le chant des notes vous envole. Perds-toi et ne reviens jamais.
Non, tu ne me reviendras pas. Tu ne me reviendras pas.
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Sur la scène, les mains plaquent un dernier accord. Le pied appuyé sur la pédale le fait résonner encore. Le chant s'évanouit et tu te tournes vers elle. Tu restes muet. Que pourrais-tu lui promettre ? Tu ne penses pas qu'il vaut mieux essayer. Tu penses qu'il vaut mieux se taire, se tenir par la main et se suffir de la présence de l'autre. Qu'on se fait bien moins mal ainsi. Tu penses qu'il ne faut pas, non, qu'il ne faut pas trop se démener. Puisqu'il est bien trop tard, maintenant.
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Sur la scène, le silence s'est fait. Le silence s'est étendu. Le silence a repris le contrôle de vos existences. Et c'est la plus belle des illusions que la vie pourrait vous jouer.
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Don't become a ghost whithout no colour cause you're the best paint life ever made.
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FIN.
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(AARON - LILI)